Next stop Utopia : un petit air de Mai 68 à la Grecque

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Cinéma Mis à jour : mardi 20 mars 2018 21:03 Affichages : 628

utopiaPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.fr/ Soyons réalistes, exigeons l’impossible, disait Che Guevara. En 2011, la Grèce est déjà en « crise ». On appelle ça communément le capitalisme (avec domination des banques), mais bon, vaste débat… La famille Filipou, propriétaire de l’usine Vio Me (qui produisait de la colle pour carrelage) à Thessalonique, l’abandonne, laissant les salariés au chômage avec des arriérés de salaires. Aujourd’hui, les travailleurs de Vio Me sont devenus un symbole de la lutte pour l’autogestion en Grèce et ailleurs. Le réalisateur du documentaire, Apostolos Karakasis, a suivi le parcours de ces travailleurs quasiment depuis le début de leur aventure pour réaliser Next Stop Utopia. Il rejoint le groupe des salariés et va filmer les premières réunions, les assemblées générales et les conflits. Il sera témoin des difficultés du processus démocratique vers une reprise de la production en autogestion. Une partie des travailleurs de Vio Me ont occupé, résisté, puis fait face à plusieurs procès et en 2013, avant de relancer une production de détergents écologiques, mettant en place un fonctionnement basé sur l’égalité et la démocratie. Avec une stratégie de médiatisation et un grand soutien local, national et international, ils sont aujourd’hui une vingtaine à travailler à Vio Me mais sont toujours menacés d’expulsion.

Le documentaire donne la parole aux travailleurs et montre l’investissement personnel que demande un tel combat et l’impact sur leur vie personnelle, familiale, morale, psychologique, etc. Certains hommes se révèlent à eux-mêmes en se découvrant qui orateur, qui organisateur, qui suiveur… On suit le groupe qui a occupé et repris la production mais aussi certains qui, en désaccord avec le groupe, ont quitté la lutte après quelques années. Le documentaire donne la parole à la propriétaire (une héritière) de Vio Me qui se considère abusée et présente les travailleurs comme des voyous. Elle-même va connaître des difficultés (moindres) suite à la « crise » économique.

La force et l’originalité de la lutte des Vio Me c’est qu’ils sont devenus, à leur corps défendant, un exemple, suivi dans le monde entier, un peu comme la société française des ex-Fralib, qui continue de produire du thé sans adjuvant, à Géménos, près de Marseille (Bouches-du-Rhône), grâce leur Scop (coopérative), sous le nom de 1336. Ce film émouvant donne une image de l’aventure de Vio Me vue de l’intérieur, avec ses moments de joie, d’union, de communion mais aussi de désunion, trahisons, disputes, ruptures. Il montre le cheminement et les difficultés de la lutte pour l’émancipation. Même si ce n’est pas terminé et que les menaces juridiques sont encore bien présentes, c’est déjà une remarquable expérience d’autogestion.

>Né en 1970 à Thessaloniki en Grèce, Apostolos Karakasis a étudié le film et vidéo à la Haute Ecole d’Art et Design de West Surrey au Royaume-­Uni (1990­-1993). Depuis, il a réalisé et monté plusieurs films documentaires. Son travail approfondi pour la télévision se concentre sur les problèmes culturels et historiques auxquels il donne une perspective plus personnelle. Comme réalisateur, il a collaboré beaucoup avec la télévision publique grecque (ERT) afin de réaliser des séries documentaires. En parallèle, son travail plus cinématographique se concentre sur des portraits créatifs de gens ordinaires. Avec son approche singulière, très axée sur l’observation, il a reçu des prix et distinctions dans des festivals internationaux. Il a aussi participé à des présentations de projets audiovisuels à plus large échelle auxquels il a incorporé son approche documentaire (Installation audiovisuelle pour le Pavillon grec à la Shanghai expo 2010). Ce n’est pas un hasard si ce film sort à Paris la veille du 22 mars, qui va marquer le début de mouvements sociaux en France qui risquent de durer jusqu’au mois de mai… qui marquera l’anniversaire des cinquante ans des évènements de Mai 68.

Next stop Utopia, de Apostolos Karakasis (Grèce), durée 91’, eb VO sous-titré, visible au cinéma Saint-André des Arts, Paris, 30 Rue Saint-André des Arts, 75006 Paris, et 12, rue Git-le-Cœur. Tel : 01 43 26 48 18