Tesnota, une vie à l’étroit : la fille piégée

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Cinéma Mis à jour : samedi 3 mars 2018 11:24 Affichages : 658

TesnotaPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.fr/ Remarqué au dernier Festival de Cannes, dans la sélection officielle Un certain regard (Prix FIPRESCI), "Tesnota : une vie à l’étroit", est le premier long métrage du jeune russe Kantemir Balagov, né en 1991 à Naltchik, capitale de la République caucasienne de Kabardino-Balkari (peuplée de Kabardes…). C’est un élève d’Alexandre Sokourov, cinéaste réputé en Russie. Balagov s’est inspiré d’un fait-divers qui s’est déroulé dans sa ville natale en 1998.
Nous sommes dans la triste ville de Nalchik, au Nord Caucase (Russie). Ilana, 24 ans, travaille dans le garage de son père pour l'aider à joindre les deux bouts. Un soir, la famille et les amis se réunissent pour célébrer les fiançailles de son jeune frère David. Dans la nuit, David et sa fiancée sont kidnappés par des musulmans (la guerre de Tchétchénie est toute proche) et une rançon réclamée. Au sein de cette communauté juive repliée sur elle-même, appeler la police est exclu. Comment faire pour réunir la somme nécessaire et sauver David ? Ilana et ses parents, chacun à leur façon, iront au bout de leur choix, au risque de bouleverser l'équilibre familial.
Si l’on n’est pas rebuté par les longues scènes d’épluchage de carottes en famille et les scènes insoutenables, extraites de vraies vidéos d’égorgement de jeunes soldats russes (âmes sensibles s’abstenir), ce film est prenant sous bien des aspects. Notamment pour la formidable Daria Jovner, jeune actrice russe qui porte littéralement le film sur ses épaules qu’elle a solides. Elle venait de terminer ses études à l’école-studio du MkhaT, le théâtre d’art de Moscou. Le réalisateur tenait à ce qu’elle soit juive, Ilana, confrontée à sa propre famille qui veut l’obliger à accepter un mariage arrangé avec de riches voisins, pour payer la rançon destinée à libérer son frère, adoré par sa mère, et sa communauté incapable d’être solidaire. Pire encore, le rabbin local les arnaque en rachetant le garage de son père à moindre coût. Un père qui l’aime mais qui se trouve confronté à sa femme. Bref, ce film dense est riche en thématiques historico-socio-politiques mais c’est surtout un beau plaidoyer pour la libération de la femme. Comme dans Roméo et Juliette, l’héroïne aime un jeune homme qui n’est pas de sa communauté et elle ira jusqu’au bout pour être libre de choisir sa vie, quitte à couper les ponts avec les siens.
Si vous n’êtes pas déprimé, c’est un très beau film avec des scènes réalistes comme seuls savent les jouer les russes. Darya Jovner, bien qu’habillée comme un garçon manqué, a une présence électrique. En témoigne cette scène à la fin du film où elle danse même sans musique, comme si elle voulait que la vie continue, que la vraie vie commence enfin, peu après s’être enfuie de chez elle pour boire, fumer et être aimée enfin. Car même son frère adoré l’abandonne une fois libéré, lui.

Tesnota : une vie à l’étroit
Film dramatique russe de Kantemir Balagov
Durée : 1h58
Avec Daria Jovner, Olga Dragounova, Artem Tsypine, Nazir Joukov, Veniamine Kats
Sortie en France : le 7 mars 2018