La fête est finie : un combat contre la dépendance saisissant

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : Cinéma Mis à jour : mercredi 28 février 2018 15:18 Affichages : 713

la fête est finiePar Julie Cadilhac - Lagrandeparade.fr/ Céleste et Sihem arrivent le même jour dans un centre de désintoxication, physiquement épuisées et dans le même état de manque. Céleste a touché à tout, vit dans la rue ou selon les opportunités d'hébergement qui s'offrent pour la nuit. Elle aime "se mettre la tête à l'envers parce que ça fait du bien."

Sihem a les larmes à fleur de peau; elle a perdu un bébé en couches et apparaît plus fragile que Céleste. Après s'être durement jaugées un moment, elles vont sceller une amitié indestructible. Une amitié qui s'avérera une force autant qu'une faiblesse lorsque, exclues du centre à cause d'une virée nocturne qui a dégénéré, elles se retrouvent livrées à elles-mêmes, face au monde, brutal et plein de tentations. "La fête est finie" est le récit d'un combat, celui de l’abstinence et de la liberté ; Marie Garel-Weiss, inspirée par sa propre expérience, en fait un film émouvant au moyen d'une caméra sensible et intuitive. La musique composée par Ferdinand Berville et Pierre Allio accompagnent avec autant de pertinence que d'esthétique cet inside-bad-trip éprouvant.

L'intérêt du film réside d'abord dans le portrait touchant et fort de deux jeunes femmes écorchées qui s'accrochent à la vie, l'une incontrôlable et effrontée, l'autre incarnant une douceur d'oiseau blessé, interprétées par deux comédiennes aussi différentes que lumineuses. 

Ce long-métrage accroche ensuite pour ces minutes de réflexion sur la dépendance : le psychothérapeute du centre où Sihem et Céleste sont recueillies explique ainsi ce qu'est un dépendant et dans quelle mesure il impacte durement dans son microcosme familial et social. Céleste a frappé sa mère jusqu'au sang pour récupérer une chaîne et s'acheter de la came. On découvre également une scéne où Sihem partage un repas familial et les mots d'une de ses soeurs, terribles et implacables, expriment une colère violente contre cette soeur dont la vie c'est du vent et que l'on a toujours surprotégée au détriment des autres. Une vision qui, sans montrer du doigt le dépendant, met en avant également les dégâts collatéraux. Le psychothérapeute explique aussi aux deux filles que leur amitié est une fuite, qu'il faut apprendre à marcher seul, sans béquille. Plus tard, dans des groupes de parole, les filles se confronteront au partage d'expérience...et comprendront la nécessité de cultiver son jardin...pour que tout repousse. Et si, parfois, le propos fait pléonasme avec la situation, on excuse vite ces petits manquements car ce portrait féminin saisissant est à voir! Ne serait-ce que pour cette scène de confidences la tête plongée dans les branches d'un arbre centenaire... 

La fête est finie
Date de sortie : 28 février 2018
Durée : 1h 33min
Réalisatrice : Marie Garel-Weiss
Avec Zita Hanrot, Clémence Boisnard, Michel Muller….

Film découvert en avant-première au Festival Les Oeillades d'Albi - Novembre 2017

Pour en savoir davantage: 

Lors de la rencontre qui a suivi la projection à Albi, Marie Garel-Weiss a confié qu'elle était "passée un peu par là où passent ces jeunes filles", qu'elle avait ressenti le besoin d'écrire ce scénario, comme d'un exutoire et qu'"il n'y a pas de cause pour cette maladie. Que pour tout le monde, c'est un gouffre." Zita Hanrot ( qui joue Sihem - et interprétait le rôle de Nesrine dans "Fatima" de Philippe Faucon ( qui a notamment reçu en 2016 le César du Meilleur film français de l'année et le César du Meilleur jeune espoir féminin)) a ajouté que "dire les choses est très compliqué pour ces deux femmes. L'une est dans l'économie de mots, l'autre déblatère." Libérer la parole est en effet l'un des enjeux majeurs. La comédienne a ajouté que c'est la première fois qu'elle s'était sentie active dans le processus de création, qu'elle avait eu envie de ne pas se contenter d'être seulement actrice au sein de ce projet cinématographique.