The Young Lady : Quand le tea-time devient sanglant...

Écrit par Nelly Bonnet Catégorie : Cinéma Mis à jour : jeudi 30 mars 2017 22:09 Affichages : 2674

The young ladyPar Nelly Bonnet - Lagrandeparade.fr/ De dos sous le voile blanc, Katherine jette un œil à l’homme qui se tient à sa droite devant l’hôtel. Angleterre rurale. 1865. L’adaptation du roman « Lady Mcbeth du district de Mtensk » de Nicolaï Leskov vient de faire de nous les témoins de la rencontre de l’héroïne et de son époux. Aux yeux de ce dernier, elle n’est pas près d’atteindre la valeur du lopin de terre avec lequel elle fut achetée pour lui. Pour autant elle fait désormais partie de ses possessions tout comme des meubles de ce fascinant huis-clos.
Réduite à une fonction décorative dans un décor de silence, objet brossé, tressé, corseté, qu’on dépose dans l’encadrement de la fenêtre ou sur le velours soyeux du canapé. L’ennui du temps qui passe est à dormir debout entre deux siestes, dans l’encombrante robe bleue qui lui tient lieu de prison. Le désert sensuel de sa couche nuit à son sommeil, alors que celui qui la partage ne la satisfait ni par le cœur ni par le reste… Le spectacle de l’innocence qui s’incline de bonne grâce devant l’indépendance enragée peut commencer :
On entend presque les trois coups du théâtre et Shakespeare jubiler (à moins que ce ne soit vous…), devant l’exercice d’une précision et d’un raffinement rares qui va être réalisé sous vos yeux. Du trouble à revendre, savamment distillé par une mise en scène qui nous promène dans ses décors selon des trajectoires soigneusement identiques. Escalier. Corridor. Porte blanche. Fenêtre. Table du petit déjeuner. Le rythme imposé, étouffant, de rituels à la mécanique implacable, à la symétrie étudiée. Les images sont de véritables tableaux, inquiétants d’une minutie qui aurait par ailleurs la grâce d’un Vermeer. La jeune fille qui les remplit n’a pas de perle mais une expression de détermination incendiaire dans les yeux. Et lorsqu’ils se posent, lourds d’ironie et de fureur, sur un quelconque masculin oppresseur ils n’ont qu’un mot à l’esprit. Et il n’est pas très poli.
Ses cheveux défaits, dans le vent de landes éblouissantes, dans les draps par celui qu’elle a choisi pour réchauffer ses insomnies, ne sont supportables ni aux hommes ni à la société qui attendent d’elle qu’elle joue son rôle secondaire, tienne son rang d’accessoire, où plaisir et liberté ne sont pas au programme. De combien d’hommes exactement une femme doit-elle se débarrasser pour vivre ? Noire interrogation à l’exaspérante réponse. L’ombre du doute ne demande pas mieux qu’à être violemment dispersée à même le carrelage… l’instrument de son soulagement importe peu.
Maîtrisé. Venimeux. Passionné. Puissant. De distingué, le « tea-time » pourrait bien devenir sanglant…

Contre vents et marées je te suivrai. Jusque sur la croix, jusqu’à la prison, jusqu’à la tombe, jusqu’au ciel…

The Young Lady
Réalisateur : William Oldroyd
Scénariste :  Alice Birch
Compositeur : Dan Jones
D'après l'oeuvre de Nikolai Leskov
Avec Florence Pugh, Cosmo Jarvis, Paul Hilton, Naomie Ackie, Christopher Fairbank, Golda Rosheuvel, Anton Palmer, Rebecca Manley….
 Sortie en France :  le 12 Avril 2017
Durée : 1h 29min

 

Découvert en avant-première au festival Itinérances d'Alès (30)