Miss Peregrine et Les Enfants Particuliers : un nouveau rempart à l'effrayante normalité de Tim Burton

Écrit par Nelly Bonnet Catégorie : Cinéma Mis à jour : dimanche 16 octobre 2016 08:33 Affichages : 1731

Miss peregrinePar Nelly Bonnet - Lagrandeparade.fr/ A ceux qui prennent autant de plaisir à enguirlander leur maison en décembre qu’à la couvrir de toiles d’araignées en octobre, réjouissez-vous : C’est halloween avant l’heure !
Les monstres auront des tentacules et sous leurs boucles de poupées les petites filles dévoileront des mâchoires aux crocs acérés. Ils ont des visions d’horreurs, vomissent des abeilles, font jeux de tous massacres et agitent de morbides marionnettes, mais les Enfants Particuliers de Tim Burton ont aussi des yeux vraiment… délicieux !
Nouveau décor, nouveau manoir, où nous accueille le maître et c’est encore meilleur d’entrer chez lui quand c’est Eva Green qui tient la porte. Cheveux corbeaux, sourire carnassier, puissante, inquiétante, Miss Peregrine était déjà à l’intérieur d’Eva, il a suffi de la laisser sortir. Dangereuse maman qu’on aurait tort de contrarier, ensorcelante même à contre jour et de profil sur une photographie fanée. Parfaite à nous laisser sur notre faim de n’avoir davantage d’images où la dévorer des yeux…
Ceux de Jacob sont bleus et ont un rôle précis et précieux à jouer. L’adolescent sensible et mystérieux, à l’imagination bercée aux illusions des récits fantastiques de son Grand-père, s’offre les doux traits d’Asa Butterfield (Hugo Cabret). Son personnage, cruellement privé d’un aïeul à la mort brutale et suspecte sera notre passeur entre deux mondes : du pastel bas de plafond de sa banlieue en Floride à la brume bleue de l’île qui abrite la vertigineuse ruine de l’orphelinat, théâtre des histoires inspirées à son Grand-père par une série de portraits jaunis.
Nostalgie de Big Fish et ses mensonges enchantant la bouche paternelle. Nostalgie d’Edward et de ses jardins aux silhouettes animales parfaitement taillées. Tim Burton a donné rendez-vous à ses thèmes fétiches en adaptant le roman de Ransom Riggs et les photos très particulières qui l’illustrent.
Dans sa vision gothique où planent des grains de poussière en 3D l’étrangeté est rare et lumineuse, un rempart à l’effrayante normalité, un refuge spectaculaire et romantique. On le quitte à regrets, dans un dénouement extraordinaire mais comme rattrapé par le tic-tac de la montre à gousset qui subtilement a rythmé tout le film, se superposant à la musique, participant à l’ambiance envoûtante qui a pourtant pris tout le temps de s’installer. Le final est intense mais s’évapore un peu vite…

J’ai songé à ma maison immense et froide, à cette ville pleine de mauvais souvenirs, où je n’avais pas un seul ami, à la vie affreusement banale qu’on avait planifié pour moi. L’idée ne m’avait encore jamais effleuré que je pouvais lui tourner le dos.

Miss Peregrine et Les Enfants Particuliers
Un film de Tim Burton – Sortie le 5 Octobre 2016

Avec Eva Green, Asa Butterfield, Samuel L. Jackson, Judi Dench, Rupert Everett, Allison Janney, Ella Purnell, Terence Stamp