La nuit du coeur : Christian Bobin pour un hymne à la littérature du fragment

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Wor(l)d Trip Mis à jour : lundi 29 octobre 2018 18:04 Affichages : 154

BobinPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Un émerveillement, encore et encore… A 67 ans, Christian Bobin se flatte de n’avoir jamais habité à plus de quinze kilomètres du Creusot, là où il est né en Saône-et-Loire. Parfois, il s’éloigne. Pour la promotion de ses nombreux (et toujours si délicats) livres. Pour raisons personnelles- comme en juillet 2017 quand il est allé en Aveyron, à Conques- village d’à peine 300 habitants, célèbre pour son abbaye Sainte Foy. L’écrivain a séjourné à l’hôtel Sainte Foy, « chambre numéro 14… percée de deux fenêtres dont l’une donne sur un flanc de l’abbatiale. C’est dans cette chambre, se glissant par la fenêtre la plus proche du grand lit, que dans la nuit du mercredi 26 juillet 2017 un ange est venu me fermer les yeux pour me donner à voir »… Voilà les premières lignes de « La nuit du cœur », le nouveau livre de l’écrivain, poète, moraliste et diariste qu’est l’indispensable Christian Bobin.

Un texte de Bobin, c’est toujours un émerveillement, un enchantement. On est, une fois encore avec « La nuit du cœur », dans une autre dimension. On décolle, on flotte- dans cette chambre de l’hôtel Sainte Foy, l’auteur regarde, voit ce que tout un chacun ne voit pas. Ce qu’il touche devient humain, que ce soit les vitraux de l’abbatiale, des pavés ou des nuages et même un verre de vin. Un point, un seul, rayonne et par la grâce de Christian Bobin, tout rayonne. La vie, surtout et avant tout. En ouverture de ce nouveau livre, il rappelle des mots de l’« Apocalypse de Jean » (XVI, 17) : « Le septième a versé son bol dans l’air. Alors du sanctuaire, une voix forte a dit : ça y est ». Retour dans sa maison en forêt creusotine, enveloppé dans sa solitude, l’auteur voit, revoit, recense ce qu’il a rapporté de son séjour à Conques. Des merveilles, des visions- une brume de peinture chinoise, une fumée de nuages, une rouille verte sur les toits, l’échine vert-de-gris d’un muret… et puis ce « consentement à vivre donc à perdre »… et puis ce désir d’un livre comme une lettre d’amour, ce sera « La nuit du cœur ».
Dans les livres de Christian Bobin, on se glisse avec discrétion. On flâne, on savoure, on s’arrête sur les mots et les phrases : « Il n'y a pas d'autre raison de vivre que de regarder, de tous ses yeux et de toute son enfance, cette vie qui passe et nous ignore », « Ce sont nos maladresses qui nous sauvent. Nos habiletés nous mènent aux enfers » ou encore « Il faut ouvrir une porte là où il n'y en a pas, puis laisser entrer le silence qui est le seul vrai Dieu ». Un livre de Christian Bobin, un livre comme « La nuit du cœur », c’est l’hymne à la littérature du fragment. Bercé par une fugue de Jean-Sébastien Bach, on lit sans modération aucune !

La nuit du cœur
Auteur : Christian Bobin
Editions : Gallimard
Parution : 4 octobre 2018
Prix : 18 €

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