Entends la nuit : une ode à Paris, dans un roman fantastique qui plonge le lecteur au cœur des légendes urbaines

Écrit par Sylvie Gagnère Catégorie : Science Fiction & Fantasy Mis à jour : lundi 10 décembre 2018 12:18 Affichages : 508

Entends la nuitPar Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/ Myriame a 25 ans, un master en communication, un père absent et une mère très protectrice, et très chômeuse… Lorsqu’on lui propose un job, elle accepte, sans se poser de questions. Son boulot consiste à faire de la veille réseaux dans une entreprise, du côté de Bercy. Le premier contact est consternant : locaux en piteux état – en particulier son bureau, logiciel de surveillance sur les ordinateurs, petits chefs aux aguets et supérieurs vraiment très supérieurs, option british old school. Et, quand l’un de ces supérieurs lui fait des avances auxquelles elle ne résiste guère, c’est le coup de foudre (au sens propre du terme !) assuré. Duncan Algernon Vane-Tempest lui propose un CDI et un appartement, qui refuserait une si belle opportunité ? Mauvaise idée ? Pas pire que le secret que Myriame trimballe ! Et c’est parti pour une histoire d’amour plutôt sadomasochiste entre le distingué aristo et la jeune femme ordinaire qui succombe à ses charmes.

Présenté comme cela, le lecteur se dit que cela sent la romance à deux sous, le twillight du pauvre, le roman déjà-vu plein de stéréotypes. Oui, mais non ! Dans ce Paris magnifié par Catherine Dufour, la chair et la pierre sont des compagnes de toujours. La chair modèle la pierre, la pierre abrite la chair. Elle protège ses nuits et accueille ses morts, pas tout à fait morts… Lémures et mânes hantent les murs de la ville et s’amusent à effrayer (ou assassiner) les humains, en particulier s’ils ont faim. Ou besoin d’un corps. Ou envie. L’autrice ressuscite ces mythes oubliés, fantômes malfaisants et esprits des ancêtres, dont les zombies, vampires et goules modernes ne seraient que de simples incarnations.

Aristocrates parfaitement adaptés au capitalisme, les monstres de Catherine Dufour écrasent leurs employés sans aucun scrupule, bien aidés par des sous-chefs ambitieux. Ils s’immiscent au cœur de l’existence des humains, puisqu’ils vivent dans (sont) les pierres de leurs demeures. Ils ont cette intemporalité que donne leur permanence, regardant s’agiter les humains et leurs si courtes vies. Mais n’oublient pas toutefois de fonder un empire immobilier pour protéger les vieux immeubles des promoteurs acharnés à tout détruire.

Myriame est un personnage agaçant parfois, mais qui dévoile petit à petit ses failles et sa force. Parfaitement lucide sur les raisons de son attachement à Duncan, elle joue avec sa peur et flirte avec le danger sans devenir pour autant le jouet de cet être fascinant. Duncan révèle lui aussi sa complexité, entre perversion et sincérité, manipulation et honnêteté. Et bien sûr, il y a des chats, plein de chats !

L’ensemble est parfaitement porté par la plume incisive, le ton railleur et le rythme impeccable du récit. On sourit souvent, on grince des dents parfois, et on s’émeut au contact de ce qui est sans doute le personnage le plus important du roman : Paris. Des catacombes à la Tour St Jacques, des vieux immeubles de pierre à l’Opéra, c’est à un voyage amoureux que nous convie Catherine Dufour, au cœur de la Ville lumière.

Lutte des classes, légendes urbaines, amour et danger, amitiés improbables et mystère entretenu savamment, humour féroce et sensualité quelque peu débridée, hommage à Paris, il y a tout cela dans Entends la nuit pour le plus grand plaisir du lecteur !

Entends la nuit 
Autrice : Catherine Dufour
Éditions : L’Atalante
Collection : La Dentelle du Cygne
Parution : 18 octobre 2018
Prix : 21,90 €