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« Un dimanche matin » de Johanne Rigoulot : meurtre et secrets de famille…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans français Mis à jour : mardi 23 juillet 2019 11:25 Affichages : 434

rigoulotPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Au commencement, il y a un mariage. « Il faisait terriblement chaud le 30 août 1997 dans ce village des monts du Lyonnais. Pierre et Katia avaient coordonné leur tenue. Le costume trois pièces était assorti à la robe à festons. Il a vite fallu faire tomber les vestes ». Tout au long du mariage, on danse, on rit, et résonne le refrain d’« Alexandrie, Alexandra », la chanson de Claude François. Pierre, le marié, danse, il est en sueur et petit veston, rapporte sa cousine Johanne Rigoulot, scénariste et écrivaine (« Et à la fin tout le monde meurt »- 2007, et « Bâti pour durer »- 2012), dans son roman « Un dimanche matin ». A la fin- qui lance le récit, il y a toujours « Alexandrie, Alexandra »- en marche funèbre, cette fois.

En juillet 2004, un dimanche matin, Pierre a tué sa femme Katia, joyeuse et pleine de vie et mère de leurs filles. Pour une histoire de coussins, semble-t-il : elle voulait s’en débarrasser, il voulait les garder. Pierre a massacré Katia. Johanne sa cousine se souvient de leur enfance, de leur adolescence, raconte ce cousin qu’elle aimait bien, ce cousin qu’on disait gentil et doux. Dont on disait : « Il ne se plaint jamais » ou encore : « Il est inapte au conflit ». Quand on annonce le drame à Johanne, elle n’y croit pas, a la sensation qu’on lui parle d’un autre homme, certainement pas de son cousin. « C’est un fait divers comme la France en compte des centaines chaque année, écrit Johanne Rigoulot. Quand, au hasard d’une conversation, j’évoque « mon cousin condamné pour le meurtre de sa femme », je m’étonne de la surprise des gens. Les crimes et délits saturent les journaux et nourrissent nos imaginaires. Ils doivent bien trouver leur réalité quelque part ».
Pierre a tué Katia. Il a imaginé une mise en scène (grossière et vite révélée par l’enquête), caché le cadavre, participé aux recherches avec ses beaux-parents. « Trois jours plus tard, écrit encore l’auteure, l’affaire envahissait nos vie. La famille est un organisme vivant. Qu’un seul élément l’intoxique et le corps entier entre en lutte ». Par ce geste tueur, le cousin a obligé la famille, l’entourage et tous les autres à parler de Katia au passé- a fait surgir aussi les secrets que toute famille véhicule. « Ombre et lumière se mélangent en permanence », lit-on au hasard des pages. Et puis, il y aura le temps du procès. Le grand déballage : « On fouille les armoires. Ici, pas de place pour la pudeur ». En quatre ans, trois jugements- le procès, l'appel, la cassation. Et cette question : de quel Pierre parle-t-on ? Esquisse de réponse de la cousine romancière : « J'ai connu l'homme. Eux rencontrent un meurtrier ». Pierre en prison, Johanne lui écrira des lettres. Elle n’a jamais cherché à l’excuser- surtout pas. Elle écrit à un homme plongé, par l’horreur de son geste, dans une infinie détresse. Elle lui écrit ; elle écrit sur lui, autour de lui, « c'est qu'il existe encore ». Un récit empli d’une grande humanité…

Un dimanche matin
Auteur : Johanne Rigoulot
Editions : Equateurs
Parution : 20 mars 2019
Prix : 19 €

L’histoire dramatique que je m’apprête à raconter compte une morte, deux orphelines et deux familles dévastées. La souffrance se diffuse par capillarité. Elle a frappé tous les proches de Pierre et de Katia. Elle nous a touchés, les miens et moi, bousculant notre conception du bien et du mal, notre approche de l’intime.