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« Jamais l’un sans l’autre » de Joël Schmidt : un amour tabou…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans français Mis à jour : lundi 22 juillet 2019 15:31 Affichages : 902

schmidtPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Un CV long comme le bras. Pas moins d’une soixantaine d’ouvrages depuis le « Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine » paru en 1965… Des ouvrages « tout terrain » entre livres d’historien, essais, romans historiques et aussi une bonne dizaine de romans dont « Casino des brumes » (1978), « Je changerai vos fêtes en deuil » (2001) ou encore « Un cri pour deux » (2010). Et à 82 ans, Joël Schmidt ne cesse d’écrire - il vient à nous avec un nouveau (et étourdissant) roman, « Jamais l’un sans l’autre ». Un roman pour un amour tabou. Un roman bref et sec qui, à coup, va bouleverser, bousculer tout lecteur…

Il y a Jean-Marie, un père peu présent, trop occupé. Claire, une mère aux tendances castratrices. Leur fille, Aude- peu aimée de sa mère qui « a pour son aînée des sentiments mitigés. La petite l’exaspère. Elle n’a jamais ressenti pour elle ce débordement d’amour, ce sentiment qui vous métamorphose, qui lie à jamais ». Il y a aussi une grossesse, la mère attend des jumeaux- un garçon, une fille qui meurt à la naissance- « elle aurait dû avoir deux enfants, ce qu’elle ignore à cette époque, car les femmes enceintes sont bien peu surveillées. Or, la jumelle de Jean, Elisabeth, n’a pas survécu à l’accouchement ». Aude se fait une joie d’accueillir son petit frère, Jean, de quatre ans son cadet. Elle est sa gardienne, veut que le petit dorme dans sa chambre. Dès l’enfance, une proximité fusionnelle entre la sœur et le frère… les deux grandissent, Aude est une élève brillante, Jean un cancre. L’auteur nous fait comprendre qu’« elle est son double, celle sans laquelle il ne peut vivre ». Plus tard, le petit frère va se lancer dans la même carrière que la grande sœur : pianiste. Jumeaux en musique. Ils deviennent célèbres pour leurs interprétations à quatre mains pour un ou deux pianos. On vante leur complicité sur scène, on s’interroge sur leur passion unique… Cette passion qui fait leur gloire.
En ouverture de « Jamais l’un sans l’autre », Joël Schmidt cite les mots de Marie de France, extraits de « Lai du chèvrefeuille » : « Belle amie, ainsi en est de nous : / Ni vous sans moi, ni moi sans vous »… Bien sûr, jeunes adultes, Aude et Jean vont tenter d’aimer, chacun de son côté, un autre, une autre. En vain. Toujours, inévitablement, inexorablement, ils reviendront l’un vers l’autre. Amour tabou, amour incestueux- ce thème de la gémellité que développait, explorait déjà Joël Schmidt dans « Casino des brumes » voilà plus de quarante ans… Entre Aude et Jean, le trouble s’est installé, puissant. A la mort de leur mère, défiant bonne conscience et morale de la société, ils vont assumer leur passion. Conséquence : leur jeu en musique en est plus beau, sa puissance et sa force artistiques décuplées. Une femme, un homme, une sœur et un frère comme hors du temps… Jusqu’à ce soir où, sur une scène, Aude et Jean jouent « La mort d’Isolde », la pièce de Richard Wagner transcrite pour piano par Franz Liszt. Cette pièce qui a fait leur gloire et leur réputation. Cette pièce qui, là soudain, va briser leurs destins qu’ils n’ont jamais imaginés autrement qu’identiques…

Jamais l’un sans l’autre
Auteur : Joël Schmidt
Editions : Albin Michel
Parution : 6 juin 2019
Prix : 15 €

Voir sa sœur aussi bonne élève donne à Jean l’idée que son exemple, sa notoriété scolaire suffisent pour deux. Il n’a plus besoin de travailler, du moment qu’Aude a pris la tête de sa classe. Jean la cite sans cesse en exemple auprès de ses camarades. Et il en est comblé. Alors pourquoi faire des efforts supplémentaires, dès lors que sa sœur bien aimée sauve à elle seule leur honneur à tous les deux ?