« La Partition » de Diane Brasseur : musique et grands sentiments au programme…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans français Mis à jour : mercredi 19 juin 2019 20:58 Affichages : 999

brasseurPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Ces temps-ci, elle travaille pour le cinéma. Scripte sur le prochain film de Valérie Lemercier, consacré à Céline Dion. Trentenaire et franco-suisse, Diane Brasseur est scripte dans le monde du 7ème Art- elle préfère se qualifier de « gardienne de l’histoire ». Elle est aussi romancière : après « Les Fidélités » (2014) et « Je ne veux pas d’une passion » (2016)- deux romans traduits en huit langues (dont le catalan et l’estonien), elle est de retour en librairies avec « La Partition ». Un troisième roman qui emmène le lecteur dans un voyage de la Grèce jusqu’aux rivages du lac Léman propose une superbe fresque familiale, une plongée dans des secrets de famille.

Dès le prologue, on est embarqué. Genève, 12 janvier 1977. Un homme, nommé Bruno K, déambule dans les rues de la ville suisse. Il est professeur de littérature, on le dit admiré et respecté par ses étudiants. Devant lui, une jeune et jolie brune- en silence, il commente les jambes de rêve de la belle. Et soudain, il s’écroule. Mort… en exergue, l’auteure a posé un extrait d’une lettre de Bruno K envoyée à sa famille le 22 mai 1942 : « Je vous écris pour ne pas rester seul trop longtemps, c’est mauvais. C’est mauvais mais on ne peut s’en empêcher. On allume une cigarette et tout le paquet se vide peu à peu. Comme les souvenirs. Ils ne reviennent jamais seuls »… Bruno K a deux frères : Georgely et Alexakis. A l’annonce de la mort de leur frère, ils sont détruits : le soir du triste événement, tous trois devaient se retrouver au Victoria Hall, là où Alexakis donnait un récital de violon. Ça aurait dû être la première fois que la musique les réunissait… Ça aurait dû…
Bruno K, l’oncle de l’auteure, a échangé des lettres pendant six ans avec sa mère Koula. Des vraies lettres, assure Diane Brasseur. En plongeant dans cette correspondance retrouvée dans un placard, c’est une invitation au voyage dans une fratrie éclatée. C’est aussi une fresque historique marquée par la musique, un voyage en compagnie d’une femme, d’une mère qui a découvert l’amour à 16 ans, qui a quitté son pays pour rejoindre la Suisse dans les années 1920 où elle refait sa vie avec un représentant de porcelaine, un homme de trente ans son aîné. Sur les bords du Léman, elle qui, à en croire l’auteure, avait « le sens du rythme, de l’humour et de la tragédie », s’est ennuyée, éteinte- elle y a même cessé de rire… Cette femme, dit encore Diane Brasseur, a pris dans « La Partition » une place bien plus importante qu’initialement envisagé : « Un personnage romanesque tellement parfait que je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite… Elle avait développé un goût immodéré pour le drame ». Koula, mère n’ayant pu emmener avec elle qu’un de ses fils (ce sera Bruno K, ce sera la naissance d’un amour fusionnel) et forcée d’abandonner les autres, fille frondeuse, héroïne magnifique… « Elle a le don pour romancer la vie », lit-on.
Au fil des années, pour Bruno K, cette mère déborde d’ambition. Aucun doute, elle en est convaincue, il sera le meilleur parmi les meilleurs. En particulier, dans le monde de la musique entre piano et violon qui emplissent cette « Partition ». Mais ça ne fonctionnera pas. Parce que ça marche rarement quand un parent reporte toute son ambition contrariée sur son enfant ? Parce que Bruno K n’était tout simplement pas le meilleur ? En a-t-elle, elle Koula, éprouvé une sorte de trahison- à l’image de celle que lui avait infligée son premier mari ? Grande fresque historico-familiale, « La Partition » brille d’une écriture puissante. Son roman au double sens (la partition comme séparation et mélodie qui relie les âmes), Diane Brasseur le définit comme un « roman cinématographique ». Un roman traversé, transpercé par des sentiments taille XXL…

La Partition
Auteur : Diane Brasseur
Editions : Allary
Parution : 2 mai 2019
Prix : 20,90 €

Chez un grand musicien, le jeu est devenu si transparent, si rempli de ce qu’il interprète, que lui-même on ne le voit plus, et qu’il n’est plus qu’une fenêtre qui donne sur un chef-d’œuvre.