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Trois pièces : du grand théâtre…de Marie NDiaye

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans français Mis à jour : jeudi 18 avril 2019 22:43 Affichages : 424

ndiayePar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Elle est apparue dans le monde des livres en 1985. Un premier roman, « Quant au riche avenir »- à ce moment-là, Marie NDiaye n’avait pas encore 18 ans… Fille d’un père sénégalais et d’une mère française, elle est vite devenue une figure essentielle des lettres d’en France. Mieux, à ce jour, elle est une des rares auteurs vivants à figurer au répertoire de la Comédie-Française. Et sur son CV, elle aligne, entre autres récompenses, le prix Fémina pour « Rosie Carpe » (2001) et le Goncourt pour « Trois femmes puissantes » (2009). On la retrouve, en ce printemps, avec un recueil de théâtre sobrement titré Trois pièces- simplement parce qu’il réunit trois pièces : « Délivrance », « Berlin mon garçon » et « Honneur à Notre Elue ». Marie NDiaye précise que ce livre, tout comme les catalogues d’exposition qu’elle a rédigés, est une commande de metteurs en scène ou de directeurs de théâtre.  

Donc, « Trois pièces ». La première, « Délivrance », met en scène un homme. Il est exilé, il écrit à sa femme restée au pays. Les lettres de l’homme se suivent, la femme ne répond pas- on n’en connaitra pas la raison. Dans ses missives, il s’inquiète. Pour elle, pour leur enfant, pour ses vieux parents… On lit : « Ma Chérie, Tu peux être tranquille à présent et tu peux dire à notre enfant : sois tranquille, et je te demande aussi d’aller voir mes parents dès que possible, et de leur dire : soyez tranquilles, grâce à Dieu… » « Délivrance », c’est une impressionnante correspondance à sens unique.
Avec « Berlin mon garçon », dans une ville qu’elle ne connait pas, une femme cherche son fils. Elle va y rencontrer un homme, il l’accueille. Le père et la grand-mère du garçon sont demeurés en France. Il y a Marina- une cinquantaine d’années, Rüdiger- une soixantaine d’années, Lenny- l’époux de Marina, Esther- 70-80 ans, mère de Lenny. Et aussi Charlotte- 20-25 ans, et une cliente. On flotte entre le Corbusierhaus à Berlin et la librairie de Lenny et Marina à Chinon en Indre-et-Loire. Les voix se croisent, ne s’emmêlent pas- il y a comme un trou noir au dessus des personnages : la disparition du garçon. Une disparition inexplicable, inexpliquée… La pièce sera montée par Stanislas Nordey l’automne prochain au Théâtre de la Colline, à Paris.
Enfin, avec « Honneur à Notre Elue », Marie NDiaye plonge dans la vie de la cité. Mais depuis toujours, l’auteure ne s’aventure pas dans les sphères de la politique, ni de celles du féminisme ou du racisme. Avec elle, c’est toujours bien plus subtil… Ainsi, dans ce dernier texte de « Trois pièces », Notre Elue est confrontée à L’Opposant- c’est un combat sans pitié. Et soudain, basculement, surgissent deux personnes âgées- elles assurent être ses parents. Pourtant, toujours, Notre Elue a affirmé à son entourage que ses parents étaient morts. Alors, elle va s’interroger : « Si vous payez un jour pour quelque chose que vous n’avez pas commis, est-ce que cela ne rachète pas le crime que personne n’a su ? » Une fois encore, aussi magicienne que majestueuse, Marie NDiaye suggère plus qu’elle ne dit. Pour notre bonheur !

Trois pièces
Auteur : Marie NDiaye
Editions : Gallimard
Parution : 4 avril 2019
Prix : 18 €