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Personne n’a peur des gens qui sourient : une fuite mystérieuse signée Véronique Ovaldé

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans français Mis à jour : dimanche 17 février 2019 21:36 Affichages : 512

OvaldéPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / En une formule, elle résume : « L’attendu et l’inattendu… et la paranoïa ». En une formule, Véronique Ovaldé présente son nouveau roman réussi, « Personne n’a peur des gens qui sourient ». Une fois encore, elle tricote l’histoire d’une famille découse, déchirée. C’est un jour de juin. Une femme, Gloria Marcaggi, part. Elle habite une petite ville en bord de Méditerranée, récupère ses deux filles à l’école, les embarque sans les avoir prévenues. Direction le nord-est. A proximité d’un lac à la profondeur insondable, la maison alsacienne de sa grand-mère dans la forêt de Kayserheim, là où, enfant, elle passait ses vacances. On lit : « Gloria était prête depuis tellement longtemps que lorsqu’elle a pris sa décision elle a eu besoin d’à peine une heure pour tout emporter, attraper les passeports, les carnets de santé, le Beretta de son grand amour, choisir deux livres pour Stella (…) deux peluches de Loulou ainsi que sa peau de mouton préférée, (…) Elle a fermé les volets côté sud comme elle le faisait toujours dans la journée… Elle voulait que tout ait l’air absolument normal. Ça leur laisserait quelques heures d’avance ».

Dans les premières pages, l’histoire de Gloria ressemble à celle d’une fuite. Les questions fusent : de qui (ou de quoi) aurait-elle peur ? de qui (ou de quoi) voudrait-elle s’éloigner aussi prestement ? que cache-t-elle à ses filles, Stella l’adolescente de 16 ans à qui elle fait croire qu’elles partent en vacances, et Analuisa, 6 ans, surnommée Loulou ? vont-elles revenir, un jour, revenir en bord de Méditerranée ? On entend : « Si elle ne s'aimait pas beaucoup, elle se préférait encore aux autres », et aussi : « Il n'y a rien de plus contagieux que la méfiance ». En maîtresse dans l’art de tenir son récit, Véronique Ovaldé prend son temps. Ne dévoile pas immédiatement les tenants et aboutissants de l’histoire, prend le temps de peindre les personnages. Ainsi, on apprend qu’après la mort de son père qui l’a élevée jusqu’à l’adolescence, Gloria a été soutenue par Giovannangeli, dit «  Tonton Gio ». Un personnage paranoïaque, juste ce qu’il faut, et qui l’a protégée. Il lui offre un job de serveuse dans son bistrot baptisé La Traînée. Alors, elle va rencontrer le grand amour, il se prénomme Samuel et va devenir le père de ses deux filles. « C’est l’une des failles par lesquelles s’insinue en elle la pression sociale- qui préfère les jeunes gens quand ils sont des supports publicitaires ambulants, et tout particulièrement les filles qui s’accommodent de leur date de péremption fixée par les mâles, écrit Véronique Ovaldé. La présence d’un Samuel, réconfortant et taquin, rétablissait l’ordre des choses, colmatait les brèches et fortifiait ce qui était encore en devenir chez Gloria ». D’accord, Samuel n’est pas très clair, il vit de petits trafics. La vie alors a les allures du bonheur- mais si ce n’était qu’une illusion, qu’une apparence ? Samuel meurt dans des conditions étranges- ce soir-là, où était Gloria ? Et puis, dans cette histoire, que vient faire l’avocat Santini ? Oui, pourquoi ce départ soudain ? Que fuit-elle, quelles menaces ?
D’obscurs flottements ponctuent le récit. Le doute est là, palpable. C’est étrange, d’autant plus que Gloria est aussi excessive qu’attachante. En cet été, dans ce nouveau décor en forêt de Kayserheim, elle observe ses Stella et Loulou qui prennent leurs marques. Mais toujours à portée de main, l’arme, le Beretta. Encore là, dans cette nature, elle paraît ressentir la peur. De qui ? de quoi ? La tension monte chez cette femme prête à aller loin, très loin pour protéger ses enfants des fantômes d’hier- « Elle a voulu protéger ses filles en les isolant », lit-on… Avec « Personne n’a peur des gens qui sourient », Véronique Ovaldé pose là un beau personnage de femme envoûtante, de mère toute en inquiétude et sang-froid.

Personne n’a peur des gens qui sourient
Auteur : Véronique Ovaldé
Editions : Flammarion
Parution : 6 février 2019
Prix : 19 €