Pauline

Le discours : famille et blues facétieux pour le roman de Fabrice Caro.

Écrit par Félix Brun Catégorie : Romans français Mis à jour : jeudi 14 février 2019 23:42 Affichages : 438

GallimardPar Félix Brun - Lagrandeparade.fr/  Adrien la quarantaine, Adrien le timide, l’effacé, prend part au traditionnel repas familial auquel assiste outre ses parents et sa sœur, son futur beau-frère qui lui demande pour les futures noces : "Cela ferait plaisir à ta sœur si tu faisais un petit discours le jour de la cérémonie." A cet instant précis la panique et l’effroi envahissent Adrien, lui le complexé, le timoré, incapable de réagir lorsqu’on se trompe sur son prénom, l’introverti, l’angoissé dans l’incapacité totale de parler en public.  "Vers trente ans j’ai dû me rendre à l’évidence : ma puberté était passée sans que disparaisse mon inadaptation au monde. Il était donc manifeste que j’allais être à vie celui dont on ébouriffe les cheveux, fût-ce virtuellement." Et pendant ce dîner qui n’en finit pas il va écrire et réécrire ce discours intérieurement… "Et chaque repas de famille me paraît l’exacte copie du précédent. Il faudra un jour que je me décide à établir une topologie exacte et minutée de nos repas de famille et je suis persuadé que les mêmes sujets, les mêmes répliques tomberaient au même moment, à la seconde près." De plus Adrien est dans l’attente de la réponse de Sonia au sms qu’il lui a adressé…le téléphone demeure muet, et Arien angoisse, se décompose, lui le célibataire linéaire… 

Dans les repas de famille, par ma faute, nous avons toujours été un nombre impair à table. Je suis celui qui ne vient pas par deux, je ne suis qu’une moitié d’entité.

Adrien depuis son enfance est celui qu’on ne veut pas dans l’équipe de foot, objet de tractations entre les protagonistes ; c’est celui qui rate tout, tel le porte-torchon de la cuisine élaboré à l’école et qui a la forme d’une bite…c’est aussi celui qui est conscient de son état : "J’ai 40 ans et j’achète des Tic Tac pour cacher à mes parents que je fume, voilà où on en est."
Avec maestria, Fabrice Caro dissèque les petits riens de la vie, des couples, des rapports familiaux, du sempiternel gâteau au yaourt, des phrases si souvent répétées et qui annoncent l’anecdote racontée des centaines de fois. Avec un cynisme sans indulgence, mais avec tendresse et tolérance, il digresse sur des vétilles sans importance, l’obsession de sa mère pour le jus d’orange, les envolées de son père, les explications sur le chauffage au sol… Un humour cinglant et sans concession qui rappelle la solitude de chacun dans la cellule familiale. L’écriture est percutante, hilarante, les formules désopilantes ; un très bon moment de lecture, "parce que la vie est un vélo rouge sans petites roues".

Le discours
Auteur : Fabrice Caro
Editions : Gallimard Collection Sygne
Date de parution : 4 octobre 2018
Prix : 16€