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La sainte et la gitane : un enfant tiraillé entre la Vierge noire et le christ rouge

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Romans français Mis à jour : lundi 5 novembre 2018 10:57 Affichages : 186

la saintePar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.fr/ "La sainte et la gitane" raconte la jeunesse d'un garçon, entre 1977 et 1983, fils et petit-fils de communistes, qui a deux grand-mères férues de spiritualité auxquelles il est très attaché.

L'une, prénommée Symphorose (sic !) est une mystique affirmée, considérée comme une sainte (rien que ça !) par une frange de l'église catholique, et l'autre, « mamie Odette », une gitane possédant des dons de guérisseuse. L'action (si l'on peut dire) se passe à Rueil-Malmaison, dans le « 82 », surnom donné au taudis familial où habite le dit-gamin, qui n'a rien d'un surdoué mais qui se sent différent. Il aime rentrer chez lui par la fenêtre, par exemple, et observe beaucoup son entourage interlope... Coincé qu'il est entre le matérialisme dialectique et le monde des « sorcières », si l'on force un peu le trait. Ainsi, lorsque cet enfant, plutôt chétif mais qui aime le sport, tombe gravement malade, il est choyé (voire sauvé, qui sait ?) par deux ferventes servantes de l'irrationnel : l'une vouée à la Vierge Noire, l'autre à la croix catholique. « Titi » a un faible pour « mamie Odette », sa grand-mère gitane. Or, s'avouer gitan, il est vrai, n'est pas toujours facile, quand on est un enfant qui ne demande qu'à s'intégrer dans son quartier et à l'école, à une époque où les préjugés étaient encore plus tenaces qu'aujourd'hui. Après la mort de sa grand-mère préférée, qui lui fait affronter la réalité, il se demande ce qu'il va faire de sa vie.

Il est de bon ton d'appeler ce genre de livre biographique un « roman d'apprentissage ». Le lecteur est avec le narrateur lorsqu'il s'interroge sur le mystère, donc le passé, de ces femmes qui auront une grande importance dans sa future vie d'homme et de militant, engagé dans la société des années 2000. Car ces deux personnalités, a priori atypiques, et apparemment opposées, vont affiner ses idéaux politiques. Ou comment la métaphysique peut mener à la philosophie marxiste (une autre forme de spiritualité). Jean-Emmanuel Ducoin, qui a commencé par faire une école d'arts graphiques, a finalement opté pour la plume (et la faucille et le marteau) puisqu'il est devenu journaliste, et rédacteur en chef, au quotidien l'Humanité, créée par un certain Jean Jaurès. Déjà lauréat du Prix Louis Nucéra, pour Bernard, François, Paul et les autres (Anne Carrière, 2016), il s'inscrit à nouveau dans la veine du roman populaire. Ce n'est pas un hasard s'il est devenu, en tant que journaliste sportif, un des meilleurs spécialistes de la « Petite Reine ». L'air de rien, après une dizaine de livres, il est en train de construire une œuvre qui fait tour de France littéraire des gens de peu.

La sainte et la gitane
Editions : Anne Carrière 
Auteur : Jean-Emmanuel Ducoin
238 pages
Parution : 12 octobre 2018
Prix : 18 €