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L’une et l’autre : François Cérésa, désamour, toujours…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans français Mis à jour : mercredi 21 février 2018 14:26 Affichages : 655

ceresaPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Et voici le décathlonien des lettres d’en France ! En piste depuis les dernières années 1970, François Cérésa passe avec toujours la même allégresse de la poésie au roman, en passant par le journalisme, le récit historique, les souvenirs familiaux ou encore la critique gastronomique en parfait maitre Leo Fournaux. En 2016, dans un livre délicieux- « Poupe », il avait évoqué son père. Un récit intime. Et là, à 64 ans, il revient avec un roman, « L’une et l’autre ». Polyvalent de talent, Cérésa y trouve là l’occasion de mêler deux de ses passions : l’écriture livresque et le cinéma. Et une fois encore, lui qui fut ami d’Alphonse Boudard dont la gouaille fit légende, il rappelle qu’il sait aussi bien manier les sentiments amoureux et l’humour. 

Ainsi, on résume « L’une et l’autre ». Soit un couple qui commence dans la soixantaine. Marc et Mélinda. Lui, il balade sa fringance. Lui, sans le dire vraiment, il reproche à sa femme de mal vieillir. C’est le temps du désamour inhérent à tant et tant de couples… Au fil du temps, le désir s’estompe, le plaisir n’est plus une nouveauté. Mélinda fut, hier, d’une beauté à se damner ; Marc ne manque pas une occasion pour se montrer cynique. Les histoires d’amour finissent mal, en général, dit la chanson… Et puis, il y a l’une, il y aura l’autre : un 31 décembre, ce soir de la Saint-Sylvestre, ça sonne à la porte. Miracle ! là, il y a Mélinda telle qu’elle était à l’âge de 30 ans, quand elle ressemblait à Jane Fonda dans « Les Félins », le film de René Clément avec Alain Delon et sorti en 1964…
En ouverture, l’auteur cite les mots de F.S. Fitzgerald : « Car c’est ainsi que nous allons, barques luttant contre un courant qui nous ramène sans cesse vers le passé ». Un peu plus loin, on apprend que Marc a « connu Mélinda en 1981. C’était au Courtepaille de Cussy-les-Forges, tout près d’Avallon, le deuxième restaurant Courtepaille créé après celui de Rouvray ». Et Marc, de se souvenir : « Je m’étais arrêté par hasard. Je me rendais à Lyon à un congrès de médecine, et j’avais décidé d’emprunter la Nationale 6 pour faire un arrêt à Saulieu, chez un chef dont on parlait beaucoup : Bernard Loiseau. En fait de Saulieu, je m’étais arrêté à Cussy-les-Forges. Si j’avais su, je n’aurais jamais joué le rôle de John Wayne dans « L’homme qui tua Liberty Valance ». Je m’explique »… C’était un mois de juillet, Mélinda avait trouvé un job de serveuse. Début de l’histoire amoureuse de Marc et Mélinda. Souvenirs, souvenirs…
Décathlonien esthète et raffiné, maniant la poésie et l’humour avec élégance, François Cérésa va alors tricoter un de ces romans qui, en apparence, seraient légers. Faux ! « L’une et l’autre » se révèle le roman du temps qui passe, du temps perdu aussi… Au fil des pages dans lesquelles le cinéma fait sans cesse des clins d’œil au lecteur, le désamour est empli, ô ! paradoxe, de l’amour… Bien sûr, dans ce qui pourra à certains apparaître comme une gentille farce, une agréable comédie, les enfants de Marc et Mélinda ne s’aperçoivent de rien quand c’est la Mélinda de 30 ans qui se pointe dans la pièce. D’ailleurs, on peut les comprendre puisque la métamorphose est de courte durée ! Et si tout cela était bousculé ? En effet, Marc reçoit commande d’un scénario pour un documentaire sur les rapports entre la littérature, le cinéma et les lieux qui ont inspiré écrivains et artistes. Vont s’ensuivre, pour Marc et Mélinda, des voyages en Europe pour retrouver trace de Patrick Modiano à Annecy, Curzio Malaparte à Capri, Stefan Zweig à Vienne, Marcel Proust à Cabourg, quelques vedettes du western-spaghetti en Andalousie ou encore, en Belgique, le situationniste Raoul Vaneigem et Jacques Brel…
Avec une gracilité stylistique, avec une fluidité de propos, François Cérésa signe avec « L’une et l’autre » un de ces textes qui, l’air de rien, attrape le lecteur. Et se pose la question, au final : le dépaysement, l’ailleurs ne serait-il pas l’ingrédient essentiel et indispensable à la recette de l’amour éternel ?

L’une et l’autre
Auteur : François Cérésa
Editions : Le Rocher
Parution : 7 février 2018
Prix : 18 €