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Microfictions 2018 : Régis Jauffret, vive le « roman de foule » !

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans français Mis à jour : mercredi 31 janvier 2018 15:16 Affichages : 623

microfictionsPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / D’abord, avec un livre de plus de 1 000 pages, un réflexe : on ouvre, on feuillette, on hume. On picore, aussi. Ensuite, on relève des phrases- entre autres : « Je me poste souvent en sentinelle sur le balcon pour surveiller la ville. Elle est violente, sauvage, toujours prête à bondir », « Il a voulu m'embrasser. Je me suis laissé faire pour l'empêcher de parler. J'ai mordu sa langue jusqu'à la trancher. Je l'ai avalée comme une bouchée de steak » ou encore « Les religions sont des obsédées sexuelles ». Et alors, se dire qu’aucun doute, on est bien en compagnie de Régis Jauffret qui, une fois encore, tape fort avec « Microfictions 2018 », son nouveau de cinq cents textes courts (maximum deux pages) réunis en un volume sous le label « roman »…

En 2007, Jauffret avait déjà testé la for(mul)e avec « Microfictions ». Plus de dix ans après, il y revient. S’en explique : « En 2007, j’en avais écrit cinq cents pour ne plus jamais y revenir. Je me suis souvenu de cette période comme d’un moment très heureux de ma vie, c’est sans doute ce qui m’a poussé à en écrire cinq cents autres. Ce qui est euphorique pour moi, c’est l’écriture quotidienne d’histoires qui viennent, puis que j’oublie ». Les histoires sont classés de A à Z, d’« Aglaé » à « Zéro baise »- encore Jauffret : « Imaginer une construction pour ces cinq cents histoires durerait des années et au bout du compte ce serait sans grand intérêt. Elles se suivent par ordre alphabétique et c’est donc au hasard des titres que l’une se retrouve classée parmi les A, les C ou les S ».
Une fois encore, magnifique dresseur de loulous et dynamiteur d’aqueducs, Régis Jauffret bouscule le petit monde de la chose écrite. On le croyait bien installé dans le roman-réalité (comme d’autres pratiquent la télé-réalité) avec « Sévère » (la mort du banquier Edouard Stern, lors d’une séance S.M.), « Claustria » (Josef Fritzl le père qui a séquestré sa fille dans leur maison), et « La Ballade de Rikers Island » (l’affaire DSK), il avait ressurgi avec « Cannibales »- la correspondance d’une jeune fille avec la mère de l’homme qu’elles veulent, toutes les deux, trucider ! Et, tel un diablotin surgissant de sa boîte (à lettres), il se pointe en ce début d’année nouvelle avec un livre XXL, avec des « Microfictions » version 2018 qu’il tient absolument à présenter comme un « roman de foule ». A son éditeur, il s’en est expliqué : « Oui, le roman, c’est réellement une foule. Comme si on avait délimité au hasard une portion de foule constituée de cinq cents personnes et si on avait aspiré leurs vies. Par ailleurs, le roman est un être coriace en perpétuelle évolution et peut-être que cette accumulation de microfictions est une forme nouvelle de roman ».
Une histoire, un jour… C’est sur ce rythme que Régis Jauffret, dynamitero des lettres, a écrit « Microfictions 2018 ». Il avoue également qu’après écriture et correction, il n’a relu aucune de ces cinq cents histoires- noires, émouvantes, perturbantes, « jauffretiennes » à souhait. Il assure les avoir oubliées. Ce ne sera certainement pas le cas du lecteur qui, au hasard des mille et quelques pages du livre, aura fréquenté, parmi d’autres, des hommes et des femmes, des adultes et des enfants, des corrompus et des maltraités,… Tous ceux qui, dingues et paumés (parmi lesquels l’un confie : « Je suis malade du corps, de l’esprit et même de l’âme, si c’est en souffrir que la chercher chaque soir sous son lit et courir les rues à la recherche de son ange gardien »), jouent avec leurs manies. Avec Régis Jauffret, la réalité explose à tous les étages- et on devine, tapis dans un recoin, deux loulous qui ricanent : Jérôme Bosch et le divin Marquis de Sade. Bienvenue dans le monde des « Microfictions » !

Microfictions 2018
Auteur : Régis Jauffret
Editions : Gallimard
Parution : 11 janvier 2018
Prix : 25 €