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La Faim blanche : « Ici il n’y a plus rien que la mort. »

Écrit par Félix Brun Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : dimanche 25 septembre 2016 12:29 Affichages : 1174

FinlandePar Félix Brun - Lagrandeparade.fr/  Hiver 1867 : la Finlande est paralysée par une terrible et longue froidure…la famine est terrifiante. Le peuple affamé et sans ressources souffre, erre et meurt d’épuisement. Marja n’a d’autre alternative que de fuir avec ses deux enfants pour St Petersbourg ; elle laisse la métairie et son époux : il s’est sacrifié pour nourrir sa famille et s’est précipité lentement dans la mort. Marja est convaincue que St Petersboug, la ville du tzar, accueillera et donnera à manger à ses sujets. Son périple dans la neige et la glace va la conduire de villages en villes, de maigres charités en vols, en viols, en lapidations, en meurtres, en rencontres singulières et « animales »….d’humanité en haine…. "Ici il n’y a plus rien que la mort."

 

La mort est blanche. Aux enterrements on se drape de noir. Ceux qui vivent se revêtent de noir. Le mort aussi est en noir, engoncé dans les plus beaux vêtements qu’il possédait de son vivant, mais son visage est toujours blanc. Quand son âme le quitte, seul reste le blanc.

L’angoissante et cruelle errance sème des morts partout ; une armée famélique et dépenaillée, les cohortes de pauvres, des moins que rien, des sans-dents…tentent de lutter alors que les riches, les politiques continuent malgré tout à vivre à moindre mal. Et Dieu dans tout ça ? « Mais s’il n’y a pas de Dieu, comme tu l’as dit, il n’y a pas de destin non plus. Dans ce cas tout n’est que hasard. » Les éléments sont déchaînés contre les hommes, l’illusion et le rêve s’enhardissent : "Le ciel a la couleur d’un œil de serpent. La première étoile s’allume, et Marja sent le regard du reptile sur elle et Juho. Marja lui rend son regard, œil contre œil, sans parvenir à le duper."
L’écriture est subtile, prenante, captivante. Ce conte onirique, politique et philosophique, empreint de poésie, de rigueur, de froideur, décline aussi bien la mort blanche que l’espoir de survivre et de vivre. Un beau roman qui aborde de nombreux sujets : le fossé qui existe entre les pauvres et les riches, la religion, la solidarité et l’humanisme, l’éducation, l’Etat, la liberté.

Qui voudrait révéler à l’enfant que la liberté n’existe pas ? Plus nous glissons près d’elle, plus nos mains cherchent frénétiquement à attraper les chaînes passant à notre portée. Nous courons après un feu follet, chacun poussé par sa propre obsession. La longueur de nos chaînes montre les frontières de notre liberté, il n’y a qu’en nous contentant de notre sort que nous pouvons vivre sans nous en soucier. Nos désirs sont les plus durs des jougs.

La Faim blanche
Auteur : Aki Ollikainen
Traduction : traduit du finnois par Claire Saint-Germain
Editions : Héloïse d’Ormesson
Prix : 16€
Parution : 25 août 2016