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Sauvage : un récit initiatique au plus profond de l'intimité d'une jeune fille singulière...

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : mardi 18 juin 2019 21:21 Affichages : 212

sauvagePar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Tracy Petrikoff n’a que dix-sept ans mais elle posséde un don inné pour la chasse (elle piège) : sa mère, qui a disparu, lui a tout appris. Son père, présent mais la tête ailleurs… passe plus de temps avec les chiens, puisqu’il a remporté des courses (dont la célèbre Iditarod). Tracy vit à l’écart du reste du monde et sillonne l’immense forêt avec ses attelages, quand son père l’y autorise. Sa mère lui a appris trois règles, avant de mourir : 1) « Ne jamais perdre la maison de vue », 2) : « Ne jamais rentrer avec les mains sales » et surtout 3) : « Ne jamais faire saigner un humain »… Jusqu’au jour où un homme l’attaque dans les bois.

Tracy reprend connaissance couverte de sang, persuadée d’avoir tué, ou du moins blessé son agresseur. Elle s’interdit de l’avouer à son père, et ce lourd secret la hante jour et nuit. C’est lui qui a emmené l’homme à l’hôpital…. Une ambiance de doute et d’angoisse s’installe dans la famille, tandis que Tracy prend peu à peu conscience de ses propres facultés hors du commun. Puis arrive un jeune garçon qui la trouble… sorte de double féminin-masculin. J’oubliais, Tracy a un frère, qu’elle mord quand il l’énerve. Il ne faut pas contrarier Tracy. Il y a du sauvage en elle… sa mère le savait bien. Une mère irremplaçable et un peu bizarre, elle aussi.
Ce roman noir flirte entre le genre fantastique, le nature writing (la littérature des grands espaces / le Grand Dehors) et le thriller psychologique. C’est un récit d’initiation qui nous plonge dans l’intimité d’une jeune fille singulière. Tracy s’interroge sur sa nature profonde. La nôtre aussi, peut-être. Il y a une bête qui sommeille en nous… faut-il la réveiller ? Il y a du Stephen King dans tout ça mais aussi du John Irving, dont elle fut l’assistante. C’est un subtil mélange des genres littéraires mais aussi sexuels… On peut le lire comme un conte teinté d’épouvante. C’est aussi un livre sur la frontière infime entre les espèces animales et humaines. Un roman sur l’identité et ses limites. Jusqu’où peut-on laisser aller sa nature intime? Comment ne pas céder à l’appel sauvage ? Car Tracy est avant tout une jeune femme éprise de liberté ; comme sa mère le fut.
Si vous avez aimé My absolute Darling, premier roman puissant de l’américain Gabriel Tallent, publié chez Gallmeister, vous aimerez Sauvage, premier roman surprenant de sa compatriote, Jamey Bradbury. Rien à voir avec Ray, Bradbury, sauf le fait de savoir raconter une histoire déstabilisante, sans qu’il soit possible de deviner où elle veut en venir (car Jamey est une femme). Dès les premières pages, on devine qu’elle a lu les livres du Grand Nord de Jack London. Mieux, elle vit en Alaska, connait donc la vie dans les grands espaces et ce qu’est le quotidien des mushers (ceux et celles qui dirigent les chiens de traineau). Une claque. Voir sa soif de liberté absolue et sans concession vous submergera. En refermant ce livre vous n'aurez plus qu'une envie, vous blottir au creux d'un arbre.

Sauvage
Editions : Gallmeister
Auteur : Jamey Bradbury
Traduit de l’américain par Jacques Mailhos
313 pages
Prix : 22, 60 €

Le site de l'auteur de cet article:
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