« La cage dorée » de Camilla Läckberg : douce et impitoyable vengeance…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : mardi 16 avril 2019 16:06 Affichages : 758

lackbergPar Serge Bressan -Lagrandeparade.fr / Il y a d’abord une confidence : « Je ne peux pas me permettre de stagner dans ma créativité et de refaire la même chose, année après année ». Et puis, une précision : « J’ai besoin de me fixer des challenges en essayant quelque chose de différent. Essayer un nouveau langage, un nouveau personnage… C’est un nouveau costume que je revêts et j’adore ça, je m’amuse beaucoup ». A 44 ans, née à Fjällbacka, la romancière suédois Camilla Läckberg aurait pu jouer la sécurité, faire tourner sa « petite entreprise qui ne connaît pas la crise » avec une série romanesque au succès international grâce à son héroïne Erica Falck et la série « Fjällbacka », du nom de la ville où est née Camilla Läckberg. Mais voilà, celle qu’on surnomme « la reine du polar scandinave » lance une belle formule : « Quand vous restez sans bouger, de la mousse pousse sur vous… »

Donc, la jeune femme a mis de côté Erica Falck et la série Fjällbacka. Place à une série en deux volumes, dont le premier vient d’arriver en VF, titré « La cage dorée », et qui bénéficie d’une sortie mondiale simultanée. On a quitté la petite ville où évoluait Erica ; direction, Stockholm- commentaire de l’auteure : « Ça m’a paru naturel. Depuis vingt ans, je vis à Stockholm. Il y a quinze ans, je n’aurai pas pu écrire sur Stockholm, je ne « sentais » pas la ville. Mais aujourd’hui, je sens que Stockholm est aussi ma ville ». C’est là, dans la capitale suédoise, que vit l’héroïne de « La cage dorée » : Faye- un prénom en hommage à la Britannique Faye Weldon, née en 1931, l’un des auteurs préférés de Camilla Läckberg et figure de la littérature féministe anglo-saxonne. Elle, Faye, à qui on promettait un bel avenir a décidé de consacrer sa vie à son mari Jack- lequel, avec son ami Henrik a monté une société d’investissements qui tourne à plein régime. Le succès de l’entreprise, Jack le doit en grande partie à Faye… Mais vite, depuis la naissance de leur fille, elle a été reléguée au rang de femme au foyer. Fondue dans le décor, reléguée dans l’ombre d’un mari qui ne supporte pas, qui n’imagine pas son épouse avec un statut social supérieur au sien. Au fil des mois et des années, Faye s’est vidée de toute personnalité- ambition, amour-propre, dignité, indépendance, tout ça elle n’y pensait plus…
Et puis, un jour, le coureur de jupons qu’est Jack file avec sa jeune collaboratrice. Faye soudain au fond du fond. Sauf qu’elle a pour amie Chris, une femme battante, une femme forte qui tient la plupart des hommes juste pour ce qu’ils sont : « des friandises à consommer sans modération ». Avec l’aide de l’amie qui ne craint rien ni personne, la femme abandonnée prépare et planifie sa vengeance. Ça va être sanglant… Faye s’associe avec des femmes qui, elles aussi, ont été trompées, humiliées et / ou exploitées par leur mari. Elle va fonder une société de cosmétiques, qui vite devient un empire qui va bousculer la société de Jack, ne manquera pas de distiller à la presse des infos compromettantes pour son ex-mari. Ainsi, peu à peu, le grand public découvre que, derrière le costume de l’homme d’affaires, Jack est surtout un monstre. Et, maniant la vengeance parfaitement dans la coulisse, Faye réussit à acquérir la majorité des parts de la société de son ex-mari. Douce et impitoyable vengeance…
Avec « La cage dorée », roman qui fait écho au mouvement ≠MeToo, Camilla Läckberg dessine le portrait d’une femme forte. D’une femme qui, quand elle se réveille, devient impitoyable. Faye ne songe pas seulement à se venger, elle a pris seulement conscience qu’une personne n’a aucun droit sur une autre. Elle rappelle aussi, avec les mots de la « reine du polar scandinave », que jamais il ne faut sous-estimer une femme…

La cage dorée
Auteur : Camilla Läckberg
Editions : Actes Sud
Parution : 11 avril 2019
Prix : 22,90 €