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Auletris : Anaïs Nin érotiquement inédite

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : dimanche 9 décembre 2018 16:44 Affichages : 536

AuletrisPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / En 1985 à Baltimore, Maryland, un commissaire-priseur met en vente deux textes dactylographiés, « Marcel » et « La Vie à Provincetown ». Deux textes réunis sous le titre « Auletris » et signés Anaïs Nin (1903- 1977). Deux textes érotiques découverts dans les archives de l‘agent littéraire d’Anaïs Nin, Gunther Stulhmann décédé en 2002, publiés finalement en 2016 par l’éditeur américain Sky Blue Press et dont la VF parait cet automne. Sans grande précision, il est généralement estimé que ces deux textes auraient été écrits entre 1940 et 1942. A l’époque, Anaïs Nin est la maîtresse du romancier Henry Miller (1891- 1980) qui ne roule pas sur l’or mais à qui un ami a proposé un bon plan pour « se refaire » : écrire des textes érotiques pour un « collectionneur »- tarif : un dollar la page. Miller accepte, se lasse vite du boulot à la commande, demande à sa maîtresse de lui servir de « ghostwriter » (en VF : « nègre », comme on dit dans le monde littéraire) et continue de livrer les textes signés de son nom… 

En deux ans, entre 1940 et 1942, Anaïs Nin aurait écrit quelque 850 pages dactylographiées de littérature érotique. Pas folle, elle a conservé pendant des années dans ses archives des copies de toutes ces pages. Seront publiés « Venus Erotica » (1977) et « Les Petits Oiseaux » (1979). Restaient donc les deux textes qui nous arrivent sous le titre générique « Auletris »- dans la préface, Paul Herron, éditeur chez Sky Blue Press, précise : « Anaïs Nin est considérée par la plupart des gens comme la marraine ou, suivant ses propres mots, comme la Maquerelle de la littérature érotique ». Et au hasard des pages, on lit : « Le corps d’une femme est parfait, et personne ne peut le posséder ni le connaître complètement », lit-on au hasard des pages. Certes, le premier des deux textes, « Marcel », a un air de déjà vu, de déjà lu : normal, on peut le retrouver dans « Venus Erotica », l’un des livres essentiels d’Anaïs Nin. Mais avec la deuxième nouvelle (qui court sur cinquante pages), « La Vie à Provincetown », est éclaboussante de folie, de tabous explosés (ce qui, en 2016 lors de la publication américaine, a conduit Amazon à classer le livre dans la catégorie « adult content dungeon », catégorie invisible à tout éventuel acheteur), d’ambiances torrides, de perversions… La presse américaine était allée jusqu’à écrire que, comparé à « Auletris », « Cinquante Nuances de Grey » (2011) d’E.L. James n’était rien d’autre qu’une aimable bluette. Parce qu’Anaïs Nin affirmait que « jouir n’est possible que si l’on accepte ses désirs » ? Et, surtout, avec l’auteure d’« Auletris », c’est une vision féminine de la sexualité qui est mise en avant. Oui, avec Anaïs Nin, c’est transgressif mais c’est tout aussi inventif et formidablement libre…  

Auletris
Auteur : Anaïs Nin
Editions : Finitude
Parution : 18 octobre 2018
Prix : 15 €