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Dans la maison de la liberté : David Grossman, un homme de paix

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : mercredi 5 décembre 2018 13:08 Affichages : 109

GrossmanPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Lui remettant en février dernier le prix Israël de littérature, le ministre de l’éducation de l’Etat hébreu affirmait : « David Grossman est l'une des voix les plus profondes, les plus excitantes et les plus influentes de la littérature israélienne ». En 2017, il avait reçu Man International Booker Prize pour « Un cheval entre dans un bar »- on le retrouve en cet automne avec un nouveau livre, « Dans la maison de la liberté », sous-titre : « Interventions ». Un recueil de onze interventions publiques dans lesquelles, à 64 ans, il ne cesse de dire et répéter ses engagements politiques. Facilement, par certains, il a été catalogué comme « écrivain activiste ». Il est surtout, et avant tout, un militant pour la paix au Proche-Orient et un infatigable partisan de la liberté. David Grossman est une sommité littéraire (comment ne pas admirer un immense roman comme « Une femme fuyant l’annonce »- 2011 ?), un intellectuel reconnu dans le monde entier et un citoyen engagé. 

Avec « Dans la maison de la liberté », sont donc réunies onze interventions écrites et prononcées ces dix dernières années. Titrées de jolie manière (par exemple, « Le pigeon voyageur de la Shoah », « Cet autre monde, obscur », « D’une peur existentielle » ou encore « Se souvenir fait mal, oublier fait encore plus peur »), elles déroulent des thèmes comme la recherche inlassable de la paix entre Israël et les Palestiniens, les effets dévastateurs de la guerre sur la société israélienne, le terrorisme, la Shoah et son empreinte persistante sur l’âme juive… De ces interventions, reviennent encore et encore deux notions chères à David Grossman : la maison et la situation. A la lecture, on comprend la valeur métaphorique de tels mots.
Des mots d’une force immense. Des mots pour un plaidoyer pour la paix. Des mots tout emplis d’une douleur à jamais béante- Grossman écrit : « Au soir du samedi 12 août 2006, quelques heures avant la fin des hostilités, mon fils Uri a été tué avec les trois hommes d’équipage de son tank par une roquette tirée par le Hezbollah. Je vous aurais volontiers parlé d’Uri mais je n’en suis pas capable. Je ne dirai que ceci : imaginez un homme jeune, à l’aube de sa vie, avec toutes les espérances, l’enthousiasme, la joie de vivre, la candeur, l’humour et les aspirations d’un jeune homme. Il était ainsi et, comme lui, des milliers et des dizaines de milliers de ses semblables, Israéliens et Palestiniens, Libanais et Syriens, Jordaniens et Egyptiens, qui ont perdu- et continuent à perdre- la vie dans ce conflit ». Pour toujours, père orphelin de son fils, David Grossman développe le doute. Certains écrivent pour réfléchir, lui il réfléchit en écrivant. Au fil de ses interventions, il pointe la haine et la peur, évoque le chagrin. Et encore et encore, il revient à la paix. Pour lui, aucun doute : Israël, son pays, ne connaîtra jamais la paix tant qu’il n’en sera pas de même pour la Palestine. Et d’annoncer : « Au bout de soixante-dix ans, Israël est peut-être une forteresse mais n’est pas une maison. Si les Palestiniens n’ont pas de maison, les Israéliens non plus n’auront pas de maison ».

Dans la maison de la liberté
Auteur : David Grossman
Editions : Seuil
Parution : 25 octobre 2018
Prix : 19 €