Pauline

Transit : Rachel Cusk, une vie, des travaux…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Romans étrangers Mis à jour : mardi 10 juillet 2018 10:28 Affichages : 268

TransotPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / C’est la vie qui va… avec ses hauts, avec ses bas. Relations conjugales, adultère, enfants, et ces histoires d’amour qui, en général, finissent mal… Bienvenue dans le petit monde de Rachel Cusk. On la connaît depuis un bon moment, depuis un brillant « Arlington Park » (2007) et « Les Variations Bradshaw » (2010), elle nous revient avec « Transit », deuxième volet de ce qui doit être une trilogie après la parution de « Disent-ils » en 2016. On retrouve Faye- elle est écrivaine, a divorcé voilà peu, est revenue à Londres où elle vivait avant son mariage. Elle a deux fils, trouve une maison où s’installer. Une maison dans un état de délabrement vertigineux. Qu’importe ! elle va la (faire) rénover. Sans imaginer un instant les péripéties, les tracas, les soucis qui l’attendent… et puis, au fil du temps, dans cette maison où Faye est en transit, on va croiser au hasard un ancien compagnon qui a refait sa vie, l’agent immobilier, l’entrepreneur, un couple de voisins aigris et malveillants, le coiffeur, les ouvriers,… La vie qui va… Faye qui tente de rénover la maison pour (tenter de) reconstruire sa vie…

« Lorsque je m’étais installée à Londres avec mes enfants l’été dernier, tout nous avait paru tellement étranger que mon fils aîné m’avait confié avoir l’impression de jouer un rôle dans une pièce de théâtre: les gens autour de lui récitaient leur texte et lui le sien, tout ce qu’il vivait et tous les endroits où il allait lui semblaient curieusement irréels, comme des événements écrits à l’avance et qui se déroulaient dans un décor de théâtre », confie la narratrice Faye. Un peu plus tard, ses deux enfants rejoindront… Faye sera seule, toute seule- la bascule de la vie. Alors, sans qu’elle le demande, sans qu’elle lance le moindre appel, les autres (l’ancien compagnon, le coiffeur, l’entrepreneur,…) vont se confier- et pas toujours de façon désintéressée… Faye, femme discrète, nous avait avertis dès la page 7 de « Transit » : « Je reçus un e-mail d’une astrologue m’informant qu’elle avait d’importantes nouvelles à m’annoncer à propos d’événements censés survenir bientôt dans ma vie. Elle était en mesure de voir des choses qui m’échappaient : elle avait eu accès à mes données personnelles, ce qui lui avait permis d’interroger les planètes pour moi. Elle tenait à ce que je sache qu’un transit majeur devait se produire prochainement dans mon ciel. Cette découverte et les changements qui pouvaient en découler l’enthousiasmaient grandement. Moyennant une somme modique, elle était disposée à m’en faire part afin de me permettre d’en tirer profit. Elle percevait- poursuivait-elle dans son message- que j’avais perdu le fil de mon existence »…
Le fil de son existence, Faye le trouvera-t-elle ? Avec « Transit », une nouvelle fois, Rachel Cusk décrypte la vie qui va. Et, à travers le personnage de sa narratrice, pose une question essentielle : comment affronter les crises de l’existence ? Bien sûr, certains reprocheront à l’auteure d’avoir tricoté une histoire dans laquelle il ne se passe quasiment rien- l’intrigue est on peut plus minimaliste, et d’user d’une technique narrative basique- un chapitre, une rencontre… Oui, on pourra adresser de tels reproches à Rachel Cusk mais une fois encore, elle nous rappelle qu’elle est douée pour l’observation. Elle sait relever et rapporter le moindre détail. Elle sait aussi dérouler les dialogues, c’est toujours fluide- et elle ne craint pas d’y ajouter une pointe de pathétique ou de cocasserie. Un livre de la vie ordinaire, un livre qui, à toutes les pages, sonne juste.

Transit
Auteur : Rachel Cusk
Editions : L’Olivier
Parution : 12 avril 2018
Prix : 22 €