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Mortelle canicule : une immersion au cœur de la médecine légale et de la police judiciaire

Écrit par Valérie Morice Catégorie : Polars Mis à jour : dimanche 15 septembre 2019 20:14 Affichages : 240

mortelle caniculePar Valérie Morice - Lagrandeparade.com/ En 2003, l’Europe doit faire face à une vague de chaleur exceptionnelle, plus particulièrement accentuée entre juin et août. Un été meurtrier. 70 000 morts sont recensés sur toute l’Europe, dont 20 000 dans l’hexagone. Les chambres mortuaires ayant été rapidement saturées, un hangar réfrigéré du marché de Rungis est réquisitionné et mis à disposition pour y entreposer les dépouilles.

En parallèle, un fait divers « people » marque également les esprits : l’actrice Marie Trintignant meurt sous les coups portés par son compagnon et chanteur Bertrand Cantat dans la nuit du 26 au 27 juillet. Un évènement devenu « l’affaire Bertrand Cantat », qui illustre encore de nos jours les actes de violences conjugales et les 104 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint depuis le début de l’année. C’est dans ce contexte oppressant et effervescent que se déroule le récit du roman de Jean-François Pasques Mortelle canicule, paru aux Editions Lajouanie.

Une semaine déjà cette fournaise ! Le temps s’étirait au goutte-à-goutte rendant chaque journée plus insupportable que celle de la veille. Dès les premières heures, la ville était écrasée de soleil. On suffoquait. Les organismes étaient mis à rude épreuve.


Le corps d’Eva Mayol, une jeune strip-teaseuse travaillant à Pigalle, est retrouvée sans vie à son domicile. Le suicide semble être la première piste envisagée. Cependant, la présence du Commandant Julien Delestran et du Lieutenant Victoire Beaumont à la morgue le lendemain de son autopsie va donner une toute autre tournure à l’affaire. Une odeur d’amande émanant de la bâche hermétique qui contient le corps de la défunte va les mener à un tout autre scénario. Quel lien lie la mort de la jeune femme à celle de la disparition d’un médecin légiste russophile ? Comment expliquer le télescopage de ces deux évènements ?
Jean-François Pasques nous livre ici un récit sociologique, mêlant onirisme et métaphores, en s’intéressant de près à une question personnelle qui le taraude et qu’il se pose à travers le personnage de Delestran : à quel moment une personne décide-t-elle de passer à l’acte et de basculer du côté des assassins ?

Le fameux passage à l’acte, toujours une énigme (…) il était fasciné par ce moment où tout bascule (…) une foule de raisons qui s’accumule et puis un jour vient celle qui ne trouve plus sa place et fait tout déborder.


Deux passages du roman retiendront à coup sûr l’attention des lecteurs : l’autopsie pratiquée en début de récit qui se déroule sur plusieurs pages, truffée de tant de métaphores qu’elle en deviendrait poétique.
Doit-on s’étonner à juste titre, de découvrir que la poésie et la médecine légale s’acoquinent dans ce récit, quand son auteur « poètophile » et qui y nomme Baudelaire à plusieurs reprises, clame audacieusement « l’Albatros » sur une goélette au beau milieu de l’océan lors d’un festival du polar en Loire-Atlantique ?
Le Capitaine Pasques adule les auteurs classiques (Baudelaire, Balzac qui n’est pas en reste non plus), mais son amour pour Simenon annonce d’emblée la couleur, comme l’illustre la quatrième de couverture (« on dirait du Simenon, c’est dire ! »).
L’aura de Maigret plane lors du deuxième évènement important de l’enquête, celui de l’interrogatoire du suspect. Un face à face interrogeant/interrogé si réaliste et captivant, que le lecteur en devient acteur et témoin.
L’écriture de Mortelle canicule est sans fioritures, carrée, aussi réglementaire et protocolaire qu’un procès-verbal. Même si le pif du lecteur diplômé ès polar démasque rapidement le coupable ou semble voir se dessiner à l’horizon une vague idée quant à son identité, ce roman renseigne et enseigne énormément sur le fonctionnement d’une enquête, telle une dissection au scalpel du système judiciaire. Il est également important de souligner l’importance du travail d’équipe mise en évidence tout au long du récit et la connivence morale de chacun des membres de la 1ere DPJ. On peut aisément penser que l’auteur ait souhaité posé ça là comme un hommage à ses propres collègues…
Ce roman surprenant est une belle découverte au style très personnel.

Biographie:

Après avoir été affecté successivement à la Brigade Anti-Criminalité́ sur Pigalle, puis en Section Criminelle à la 1re Division de Police Judiciaire de Paris, Jean-François Pasques a rejoint Nantes en 2010 en tant que capitaine de police. Avant d’intégrer « la grande maison » il y a une vingtaine d’année, il a travaillé comme chimiste dans un laboratoire. Mortelle canicule est son 6eme roman et le premier aux éditions Lajouanie. Il est également auteur de nouvelles, notamment au sein de l’association Les Romanciers Nantais (2013).

Mortelle Canicule
Editeur : Editions Lajouanie
Date de parution : 5 juillet 2019
Nombre de pages : 344
Prix :19.00€