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L'Outsider : le roi King joue à mêler les genres

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Polars Mis à jour : jeudi 14 février 2019 23:25 Affichages : 561

outsiderPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Les fans de Stephen King n'y verront rien à redire : le maître de l'horreur pourrait déclamer le bottin téléphonique en javanais, ils crieraient encore au génie. Disons-le tout net, l'Oustsider n'est pas le meilleur roman de l'auteur de chefs d'œuvres tels que Shining et Carrie, mais il est très intéressant pour qui s'intéresse à l'écriture, en général (à ce propos lire son excellent essai sur le sujet, « Ecriture », publié au Livre de Poche). Car le King n'a plus rien à prouver, et il reste largement meilleur que son ersatz français, Maxime Chattam, qui ne lui arrive pas à la cheville du point de vue du style et des mises en situation. Pour ne pas s'ennuyer, se renouveler, le King semble s'amuser avec lui-même, en empiétant, entre autres, sur les plates-bandes de ses collègues auteurs de polar, au point de les citer et les mettre en scène, comme le « géant » Harlan Coben, dont il se moque gentiment. Les amateurs apprécieront.
Or donc, sans trop déflorer l'histoire, ça commence comme un vrai roman policier classique : le corps sans vie d'un adolescent est retrouvé dans le parc de Flint City, petite bourgade sans histoire. A moitié dénudé, il a été mordu, voire carrément déchiqueté, et sodomisé... au moyen d'une branche d'arbre. Témoins et empreintes ADN désignent aussitôt le coupable : Terry Maitland, l'un des habitants les plus respectés de la ville, puisqu'il est entraîneur de l'équipe locale de baseball. Qui plus est, professeur d'anglais, marié et père de deux fillettes. Les dépositions concordent. Dossier classé. À un détail près : Terry Maitland a un alibi en béton. Il était ailleurs au moment du crime, en rapport avec Harlan Coben, justement, à qui il a même posé une question : la vidéo en atteste... D'autres preuves, tout aussi irréfutables le prouvent. Il ne sera donc pas condamné à mort... puisque le sort en décide autrement. Ta ta tinnn !!! Suspense. C'est là que Stephen King retrouve son naturel... de spécialiste du surnaturel. Qui se cache derrière ce citoyen au-dessus de tout soupçon ? Comment pourrait-il se dédoubler ?
L'Outsider est entré directement à la première place de la New York Times Best Seller list, en juin dernier, aux Etats-Unis. Lors de sa première semaine, le roman s'est vendu à 97 000 exemplaires. Il est resté vingt semaines dans ce classement, dont deux passées à la première place. Depuis, il a terminé un autre roman et l'adaptation télévisée de l'Outsider est déjà en tournage. Osons avancer, sans tomber dans le lèse-majesté, qu'il y a une bonne centaine de pages en trop et qu'on n'y croit pas vraiment, tant il parait chercher lui-même une issue à son intrigue. Certains dialogues, qui n'en finissent pas, sont d'une banalité abyssale, et n'apportent pas grand-chose au schmilblick. Et pourtant ça marche. La magie opère. On a envie de tourner les pages. De savoir le fin mot de l'histoire. Stephen King reste le roi des storytellers, et pourvu que ça dure. Dans son genre, c'est un génie.

L'Outsider
Editions : Albin Michel
Auteur : Stephen King
Traduit de l'anglais (américain) par Jean Esch
576 pages
Prix : 24, 90 €

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