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La Terre des morts : un polar dans les bas-fonds du porno

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Polars Mis à jour : mardi 5 juin 2018 18:18 Affichages : 294

GrangePar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / C’est une histoire de cordes. C’est aussi une vertigineuse plongée dans les sous-sols et les bas-fonds du porno. C’est simplement le polar le plus « chaud » de l’année… Un aveu : « Ce qui m’intéressait dans le thème du porno, c’est le statut très à part qu’il a dans nos sociétés. Tout le monde le sait, le porno est le numéro 1 des connexions et aujourd’hui encore, en 2018, quand vous parlez de porno aux gens, personne n’y va. C’est toujours un tabou alors que précisément, tout le monde sait que le monde y va ! Personne ne veut en parler… C’était donc intéressant d’ouvrir la porte et d’aller dans ces univers… » Ces univers que Jean-Christophe Grangé raconte dans un polar furieusement « cul » (mais pas que !), joliment titré « La Terre des morts ». Avec son treizième roman, une fois encore, le journaliste venu à la littérature en 1994 fait preuve d’un art parfaitement maîtrisé. Une fois encore, son livre à peine sorti, il s’est retrouvé dans les premières places des tops et autres hits- à tout coup, depuis « Les Rivières pourpres » (1998), Grangé est synonyme de best-sellers…

Et dans ce voyage en Terre des morts, en cette terre non pas inconnue mais pour le moins méconnue, pour une histoire de cordes, on a un sacré guide. Le commandant Stéphane Corso. Un flic à la très bonne réputation, il bosse au 36 Quai des Orfèvres à Paris… Bon, d’accord, il est un peu déglingué, souvent borderline, sans parler de sa vie perso sacrément compliquée alors qu’il est en instance de divorce. Sa hiérarchie lui confie une enquête sur les meurtres de strip-teaseuses- ça ne le trouble pas particulièrement, des enquêtes il en a menées, des meurtres et des cadavres il en a vus dans sa carrière… Sauf que, quand on glisse dans la terre des morts, ce n’est plus la même chose. On n’est pas dans le jour, on n’est pas dans la nuit- mais dans une sorte d’entre-deux. Les repères de la vie qui va, on les oublie… Encore un aveu de l’auteur : « Après le succès international de Cinquante nuances de Grey, il m’a semblé intéressant de mener une enquête dans ce domaine… C’est du Grangé, c’est très punchy, je parle évidemment des exemples les plus forts, à la limite du crédible. Pourtant, tout ce qui est SM, porno, je n’ai rien inventé… »
On lit : « Nue, ligotée avec ses sous-vêtements, la jeune femme avait été défigurée de manière horrible : le tueur avait figé son visage sur un cri démesuré en incisant les commissures de ses lèvres jusqu’aux oreilles et en lui enfonçant une pierre au fond de la gorge pour maintenir la bouche largement ouverte ». La fille s’appelait Sophie Sereys, alias Nina Vice (!), était strip-teaseuse au Squonk, une boîte SM parisienne, on a retrouvé son corps dans le 13ème arrondissement de Paris. Il y a d’autres meurtres. Il y a aussi un suspect, un certain Philippe Sobieski- il est peintre, débauché, assassin. Débute alors un formidable duel entre le suspect et le commandant. Un duel qui mène le policier dans les sous-sols et les bas-fonds du porno, du bondage, du « shibari » (l'art japonais de nouer les cordes) et de la perversité. Mais Corso doit le reconnaître : il s’est trompé, le peintre n’est pas le coupable. Rebondissement avec l’entrée dans le jeu infernal d’une certaine Claudia Muller.  
Là, le flic se retrouve confronté, avec Claudia Muller, à une avocate du plus haut niveau. Elle manipule comme personne, est capable de tout même d’orienter l’enquête de Corso. Le commandant va alors découvrir qu’une femme peut chambouler le monde, ce monde si particulier qui met en avant la jouissance par le Mal… Avec cette plongée dans cet univers où l’on croise des « créatures dressées pour la chasse et l’amour », dans cette contrée qu’on appelle « La Terre des morts », Jean-Christophe Grangé dresse une encyclopédie des perversions sexuelles. Mais pas que… Il sait comme personne utiliser décor et personnages pour boucler un polar implacable…

Ecrire, c’est un artisanat assez tranquille…

A 56 ans, né à Boulogne-Billancourt dans l’immédiate banlieue ouest de Paris, Jean-Christophe Grangé publie, ce printemps, son 13ème roman, « La Terre des morts ». Après avoir été journaliste pendant de nombreuses années, il se fait connaître en 1994 avec un premier roman, « Le Vol des cigognes ». Dès son deuxième roman, « Les Rivières pourpres » (1998), il connait le grand succès et devient un auteur de best-sellers avec, entre autres, « Le Concile de pierre » (2000), « L’Empire des loups » (2003), « Le Serment des limbes » (2007) ou encore « Miserere » (2008). Récemment, il a expliqué son rapport à l’écriture. « Au risque d’être un peu décevant, écrire c’est maintenant mon métier. Donc, à partir du moment où j’ai choisi de traiter un thème, que j’ai eu la chance qu’une idée me vienne et que j’ai mon histoire à raconter, après c’est une histoire de métier, de travail. Je sais comment aborder les choses, comment faire mes recherches… Après, il faut assembler tout ça. Je dois avouer que, contrairement aux clichés des grandes transes d’inspiration, c’est un artisanat assez tranquille et assez appliqué, en fait. On peut dire, en gros, que je sais comment faire mes propres livres… et je les fais tous les jours, oui, un peu comme un artisan. Je me mets au boulot tous les jours et, malgré les thèmes qui sont quand même très décoiffants et la violence extrême de mes livres, finalement il y a seulement ce moment un peu inquiétant où les idées vous viennent. Là, vous êtes inquiet de vos propres idées parce qu’elles sont quand même gratinées, et vous vous demandez évidemment : « Mais d’où me viennent ces choses-là ? » C’est bizarre que mon imaginaire soit si sombre… Mais après, ça devient assez technique. Après que vous vous êtes mis d’accord avec vous-même sur cette histoire à raconter, vous essayez de la raconter le mieux possible… Et alors, ça devient une question de style. Je dois avouer, parfois j’écris des scènes d’autopsie, des choses vraiment pas ragoûtantes du tout, et en plus à 4 heures du matin- je travaille très tôt le matin, je fais ça d’une façon très calme, très tranquille, j’écoute Puccini au casque… Oui, écrire, c’est mon métier ».

La Terre des morts
Auteur : Jean-Christophe Grangé
Editions : Albin Michel
Parution : 2 mai 2018
Prix : 23,90 €