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Se libérer de ses ex : Êtes-vous « ex-addict ? » ou la galère de la séparation

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Essais, société et bien-être Mis à jour : vendredi 13 septembre 2019 09:01 Affichages : 250

ses exPar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.com/ Pour celui qui est quitté (« largué »), comme pour celui qui quitte (« se barre »), se séparer est inévitablement vivre un deuil, un arrachement. On peut comparer cela à couper le cordon ombilical. Pour peu que vous soyez « dépendant affectif », manipulateur, suicidaire, jaloux (conjuguée au féminin ça fonctionne aussi), c'est d'autant plus compliqué. Et si vous étiez marié(e) avec des enfants, c'est la galère assurée. Laurence Ostolaza, journaliste de télévision, à Télématin notamment, spécialiste des questions de santé, de psychologie et de société, a demandé au psychanalyste et écrivain Saverio Tomasella de travailler avec elle sur cette question cruciale, au moment ou un mariage sur deux se termine en divorce, à Paris (130 000 divorces annuels en France). Leur livre est basé sur des témoignages qui nous parleront tous, même s'il est surtout accès sur les ex-couples mariés, séparés, avec enfants... Donc des adultes qui ont déjà un vécu.

Déjà, il faut prendre le temps de comprendre ce qui a mené à l'échec et, parfois, de discerner que nos deuils peuvent même commencer bien avant la séparation. Certains appellent ce phénomène « les divorces silencieux », précise Laurence Ostolaza. Faut-il se focaliser sur le bien-être des enfants, quand il y en a ? : « Seulement dans un second temps », prévient Saverio Tomasella. Il est d'abord nécessaire d'accuser le coup, de prendre la mesure du désastre et de regarder le champ de ruines devant soi. À cette condition, il devient possible de reconstruire, ailleurs et mieux, une nouvelle relation plus saine que la précédente. » Champ de ruine... Désastre... mazette ! Alors qu'il n'était auparavant question que d'amour, la colère, voire la haine, prennent trop souvent le dessus. Question d'orgueil et de répétitions de schémas familiaux.

Passer vite à autre chose ? Plus facile à dire qu'à faire... Certains et certaines « sont dans le fantasme de l'amour unique et immortel », décrypte la journaliste. Se jeter dans une histoire « sparadrap », en croyant effacer la précédente, n'est pas la solution idéale, comme on pourrait le croire. Ce serait trop facile... Ou au contraire, encore plus difficile si l'on se leurre une fois encore.

En quoi un psy peut aider à ne plus se tromper dans ces choix sentimentaux, demande-t-elle ? : « Ce qu'apporte la thérapie, c'est de devenir conscient de ses erreurs et de la possibilité de les répéter, répond le psy. Le patient ne subit plus aveuglément ses répétitions : il peut donc choisir d'innover dans ses relations avec les autres, en amour notamment, en s'y prenant désormais autrement. Plutôt que de se réfugier dans le travail, il plaide pour une période de vide, avant de se réengager (on se croirait à l'armée !). Un temps de repos « propice à la guérison des blessures et, surtout, aux retrouvailles avec soi-même », explique-t-il.

Il faut prendre conscience de la réalité de l'ancienne relation, opérer une prise de distance pour se retrouver soi-même. Ce sont les deux préalables pour renouer avec la confiance en soi et laisser la place à une ou un éventuel nouveau partenaire. Mais comment faire confiance à 100 % lorsque l'ancienne histoire a été dévastatrice ? « Déjà en évitant de vouloir absolument trouver une confiance parfaite, car cela n'existe pas, même dans la relation amoureuse la plus harmonieuse », rappelle le psychanalyste. La séparation est forcément douloureuse, notamment si l'on a souffert du syndrome de l'abandon. De la position (figée) de « méfiant », on peut passer à celle moins négative de « vigilant », poursuit Saverio Tomasella : « Il vaut mieux aller interroger nos peurs, ou nos croyances limitantes, dans le cadre d'une thérapie, pour nous en libérer et pouvoir de nouveau aimer réellement. »

Les profils psychologiques sont plutôt bien décrits et catalogués. Laurence Ostolaza pose les bonnes questions (pourquoi partir ?) et suggère les bonnes réponses à la fin de chacun des chapitres (quels sont les ressentis de chacun ?). En résumé, il faut prendre le temps de faire son deuil de l'emprise du fantôme du passé (ça peut prendre des mois) ; ne pas se laisser envahir par l'ex au quotidien (surtout s'il est toxique) ; s'engager dans une thérapie si ça va trop mal ; réapprendre à être libre, autonome, afin de vivre pleinement le temps-présent ; donc ne pas « gommer » son passé mais le considérer comme une expérience que l'on se remémore éventuellement avec indulgence et non nostalgie ; on peut même remercier nos « ex » d'avoir existé car notre rencontre avec eux nous a fait grandir, et cheminé vers l'être aguerri et lucide que nous sommes devenu(e). Accepter de tourner la dernière page du livre d'un amour défunt demande du courage, c'est un acte héroïque qui nous fait accéder à la maturité. Reste plus qu'à trouver celle ou celui qui aura fait le même chemin... A moins de se suffire à soi-même ? Amen !

Se libérer de ses ex
Editions : Odile Jacob
Auteure :  Laurence Ostolaza, avec Saverio Tomasella
185 pages
Prix: 19,90 euros

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