Crépuscule : La braquo de Branco contre Emmanuel Macron

Écrit par Guillaume Chérel Catégorie : Essais, société et bien-être Mis à jour : mercredi 1 mai 2019 23:53 Affichages : 542

CrépusculePar Guillaume Chérel - Lagrandeparade.comCrépuscule, du jeune avocat pro-gilets jaunes, Juan Branco, est au top des meilleures ventes de livres, grâce au bouche-à-oreille des anti-Macron. Son texte, à mi-chemin entre le récit biographique et le pamphlet, avait déjà atteint les 100 000 téléchargements gratuits (http://branco.blog.lemonde.fr/files/2019/01/Macron-et-son-Crepuscule.pdf) avant d'être publié conjointement par Florian Massot et Marion Mazauric : « Ce livre n'est pas anticapitaliste, il est républicain, il s'adresse à tous », précise la dirigeante du Diable Vauvert, basé à Vauvert (Gard)... comme son nom l'indique. Alors, de quoi est-il question dans ce « brûlot » qui se veut une violente charge conte le « système » ? Préfacé par le journaliste-écrivain Denis Robert, qui vient de remplacer Aude Lancelin à la tête du Média (la chaîne TV des Insoumis), est sous-titré : « Macron et les oligarques. L'enquête vérité ».

Ce serait une sorte de « J'accuse » du XXIe siècle, décrivant les relations étroites, et de pseudos amitiés, entre jeunes loups (dont Emmanuel Macron et Gabriel Attal, le plus jeune ministre du gouvernement) et de vieux briscards du monde de la finance.

Ce texte aurait été écrit dans l'urgence, fin 2018, en réponse à la guerre de communication orchestrée par le pouvoir contre le mouvement des Gilets jaunes. Et ça sent... qu'il a été écrit vite. Parce que le parcours éclair d'Emmanuel Macron a déjà souvent été décrypté, depuis l'époque même où il était ministre du gouvernement sous François Hollande (comme on dit "sous Louis IV"). Pareil pour le complot implicite des médias aux mains de l'oligarchie argentière... Xavier Niel, le patron de Free (avec qui il a déjeuné en son temps... tiens tiens), est cité, qui se trouve être le gendre de Bernard Arnault, 4e fortune mondiale. Sous-entendu : une vraie mafia. Sauf qu'il suffit de lire le Who's who pour le savoir. Juan Branco (29 ans) se croit bien informé parce qu'il était lui-même au coeur du système qu'il entend dénoncer. Il a ainsi côtoyé de près, très jeune, les arcanes du pouvoir, quand il était conseiller juridique d'Aurélie Filippetti (sur la loi Hadopi), lorsqu'elle était ministre (de la culture et de la communication) au gouvernement socialiste, avant de devenir celui de Julian Assange (WikiLeaks), récemment expulsé de l'ambassade d'Equateur et emprisonné en Angleterre. Manifestement, le jeune-homme se prend pour un justicier. Il a les dents longues et sait aussi se placer...

Le principal intérêt de son livre, assez mal construit, et un peu immature, pour tout dire, réside dans sa description du marigot politique et du petit milieu de l'élite auto-proclamée. Ses informations sont de première main puisqu'il en vient, de ce milieu, et qu'il en convient lui-même. Il livre donc ici un portrait parfois saisissant de la caste qui nous gouverne et des mécanismes qu'elle met en œuvre pour arriver à ses fins (accéder au sacro-saint pouvoir). Rien de très nouveau sous le soleil (oui l'ex-banquier Macron a été soutenu par les « méchants riches »). Oui 90 % de la presse influente est aux mains de quelques milliardaires. Et fin 2018, les actionnaires du CAC 40 se distribuaient 47 milliards de dividendes, la fortune de Bernard Arnault doublait et Macron ne lâchait pas sur le maintien de l'ISF. Au même moment, plus de 9 millions de français vivent sous le seuil de pauvreté, des centaines de SDF meurent dans les rues chaque année en France... Mais se focaliser sur son ancien « camarade » de promotion, Gabriel Attal, est pour le moins suspect (ils se sont connus à l'Ecole Alsacienne... et n'y étaient manifestement pas amis). Leurs trajectoires à la Rastignac des beaux quartiers laissent songeur... Rappelons que le surdoué Juan Branco, franco-espagnol, est le fils d'un producteur de cinéma bien connu dans le cinéma indépendant, et d'une psychanalyste. Il a grandi à Saint-Germain-des-Prés, et essuyé ses fonds de culotte dans la très élitiste École alsacienne (voir plus haut), avant de rompre avec son milieu, dixit, par éthique personnelle. Néanmoins, cet ancien candidat LFI, aux législatives en Seine-Saint-Denis (dont il ne connaissait bien, et pour cause : le 9.3 !) a rompu avec les Insoumis. L'ex avocat de Jean-Luc Mélenchon (sic !) semble avoir (enfin !) découvert le peuple (sur BFM ?) en voyant des Gilets jaunes manifester sur les Champs... A-t-il eu l'audace d'aller jusqu'aux Rond-Points en province ?

Bref, Juan Branco a découvert la lune et il nous en fait part. Il reproduit ce qu'il reproche à son aîné Frantz Olivier Giesbert, à savoir raconter les off et les bruits de couloir. Juan Branco a le mérite de tenter de comprendre la colère des Gilets Jaunes, sauf qu'il soutient le plus sulfureux d'entre eux, Maxime Nicolle (alias Fly Rider... ça fait sérieux) qui a plusieurs fois dérapé sur le web (notamment en relayant des thèses complotistes, sur le pacte de Marrakech, entre autres).

Ce qui ressort de ce livre, c'est le coup de gueule d'un jeune homme fougueux, brillant et passionné, qui a préféré défendre les faibles (la veuve et l'orphelin) plutôt que de continuer à se consacrer à son ambition personnelle (quoique... les ventes du livre vont lui laisser croire que...). C'est tout à son honneur. Il a compris que pour être vraiment heureux, épanoui, il faut être en accord avec soi-même, et les autres, afin de pouvoir se regarder dans la glace. Dommage que ce texte, vite torché, attire surtout un public jeune et/ou sans réelle conscience politique, plus habitué à s'informer sur Internet que dans ce qui reste de la presse indépendante. Car il en reste.

Crépuscule
Editions: Au Diable Vauvert / Massot 
Auteur : Juan Branco
Préface : Denis Robert
311 pages
Prix : 19 €