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Houellebecq. L’art de la consolation : Agathe Novak-Lechevalier et le grand prophète

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Essais, société et bien-être Mis à jour : dimanche 11 novembre 2018 08:43 Affichages : 171

consolationPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Récemment, il a fait le déplacement jusqu’à Bruxelles. But du voyage : la réception d’un prix. Il a pris le Thalys, il était accompagné d’un journaliste d’un magazine de la droite de la droite française- résultat en kiosque : la couverture de l’hebdomadaire « Valeurs actuelles » avec, pour titre : « Houellebecq. La grande prophétie », et, à l’intérieur, pas moins de quatorze pages (sur un total, cette semaine, de quatre-vingt-douze). Au même moment, en librairies, est arrivé « Houellebecq. L’art de la consolation », un essai signé Agathe Novak-Lechevalier, maître de conférences en littérature française à l’université Paris X- Nanterre. Tenue pour une des meilleures spécialistes françaises de la littérature balzacienne, elle travaille sur l’œuvre de Michel Houellebecq, 62 ans, depuis une bonne dizaine d’années-entre autres, elle a dirigé « Le Cahier de l’Herne » consacré à l’écrivain, préfacé son recueil de poésie Non réconcilié, établi l’édition critique de « La Carte et le Territoire », et animé la conférence de ses « adieux à la scène » qu’il a présentée lors de la Foire du Livre à Francfort en 2017. 

Parmi d’autres thèmes évoqués dans ce texte, Agathe Novak-Lechevalier interroge : « On pourrait rédiger un nouveau « Dictionnaire des idées » reçues où figurerait une entrée qui fait de Michel Houellebecq un écrivain déprimé et déprimant. Chacun peut tenir le journal de sa dépression ; mais un dépressif véritable est-il capable de faire œuvre ? On peut en douter… » Elle écrit aussi que les lecteurs, « contre les polémiques et les faux débats, sentent d’instinct que ses livres proposent autre chose. Quelque chose qui, parce qu’il relève d’une forme de beauté, a vocation à offrir une consolation, même fragile, même précaire, contre le désespoir qui est représenté ». En un peu plus de trois cent pages, l’auteure de ce « Houellebecq. L’art de la consolation » ne cache pas son empathie pour l’écrivain de, entre autres, six romans (« Extension du domaine de la lutte »- 1994 ; « Les Particules élémentaires »- 1998, prix Novembre ; « Plateforme »- 2001 ; « La Possibilité d’une île »- 2005, prix Interallié ; « La Carte et le Territoire »- 2010, prix Goncourt, et « Soumission »- 2015). Avec la maître de conférences en littérature française, on est bien loin de « Houellebecq non autorisé. Enquête sur un phénomène », le livre paru en 2005 dans lequel le journaliste Denis Demonpion mettait à jour les incohérences des mythes et légendes que ledit Houellebecq a savamment installées au fil du temps…
Après une introduction dans laquelle elle se demande si l’auteur de « Soumission » est un « professeur de désespoir » et évoque la « clochardisation de l’écriture », Agathe Novak-Lechevalier décrypte en deux grandes parties (« A contre-courant » et « Ce que peut la littérature ») le phénomène Houellebecq, maître consolateur et grand prophète. Au fil des pages, les chapitres déroulent des thématiques comme « Houellebecq ‘’déprimiste’’ », « Houellebecdq néo-réac », « Houellebcq, écrivain ‘’sans style’’ » ou encore « Génération Houellebecq ». Elle rapporte aussi les propos de l’écrivain- philosophe français Aurélien Bellanger : « Houellebecq, qui souscrit à la ruine de tous les idéalismes et assume l’entière validité des discours qui les ont détruits, est d’abord un auteur désespéré. Mais nous ne pouvons faire confiance qu’à un auteur désespéré (…) et ne pouvons attendre de lui qu’une seule chose : qu’il parvienne miraculeusement à désespérer de son désespoir ». Reviennent alors des bribes de conversation avec le journaliste de l’hebdo qui l’a accompagné à Bruxelles, des mots mâchouillés, genre : « Oui, je suis toujours d'accord avec moi ! » ou encore « Je pense un certain bien du mariage bourgeois tel qu'il s'est toujours pratiqué, sans amour ; l'union de deux patrimoines et de deux familles. Le mariage d'amour tel qu'il a été conçu, c'est plus dangereux. Je suis plutôt pour le mariage de raison, et quand le bonheur s'y mêlait, c'était mieux ».
Présenté comme « le plus grand poète de notre époque » par l’hebdomadaire allemand « Der Spiegel » et comme « le plus grand écrivain français contemporain » par l’éditeur français Stock, Michel Houellebecq annonce un prochain roman pour janvier 2019. Il ne donnera alors aucune interview, et a juste confié que, dans ce nouveau livre, ça tournera autour de la ruralité et de l’Europe. A un proche, il a confié : « Ça vendra bien, mais moins bien que ‘’Soumission’’ »… Michel Houellebecq nous fera-t-il un petit coup de déprime, lui le chantre de « l’effacement progressif des relations humaines » ?

Houellebecq. L’art de la consolation
Auteur : Agathe Novak-Lechevalier
Editions : Stock
Parution : 10 octobre 2018
Prix : 20,00 €