Dans les poches : Jean Rolin, Jean-Noël Schifano, Bertrand Visage...

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Dans les poches Mis à jour : vendredi 1 février 2019 16:15 Affichages : 761

RolinDans les poches de Serge Bressan - Lagrandeparade.fr

Peleliu de Jean Rolin
Ecrivain et journaliste d’excellence, Jean Rolin prend pour un terrain d’observation le monde qu’il traverse en piéton. Il y eut « La Ligne de front » (1988), « La Frontière belge » (1989) ou encore « Un chien mort après lui » (2009). Et aussi « Peleliu »- paru initialement en 2016, un livre magique qui emmène le lecteur sur l’île de Peleliu dans l’archipel des Palaos, dans l’ouest de l’Océan Pacifique. De septembre à novembre 1944, sur cette île, a eu lieu une des batailles les plus meurtrières de la guerre du Pacifique. Par la grâce de l’écriture de Rolin, on oublie l’exotisme touristique- l’auteur y a séjourné plusieurs semaines, s’y est promené en vélo, à pied, y a écouté le glougloutement de créatures aquatiques. Y a retrouvé l’enfer de cette bataille « inutile, ou d’une utilité discutable ». S’y est même mué en guide pour touristes russes et tchèques. « Peleliu », c’est le grand roman d’un magnifique styliste et d’un observateur à l’affût en permanence.

« Peleliu » de Jean Rolin. La Petite Vermillon / La Table Ronde. Parution : 10 janvier 2019. Prix : 7,30 €.

Désir d’Italie de Jean-Noël Schifano
Grand connaisseur de l’Italie et traducteur réputé, Jean-Noël Schifano propose une déambulation de Milan à Naples en passant par Palerme. Paru en 1990 et présenté en cet hiver 2019 en une édition revue et augmentée, c’est « Désir d’Italie », un de ces textes indispensables qui mêlent croquis, miroirs, conversations ou encore feuillets de route. L’Italie en version Schifano, c’est le regard des femmes les plus troublantes- étourdissantes brunes aux yeux bleus, c’est également les ténèbres des artistes ou encore la guérilla économique des industriels, sans oublier les assassinats perpétrés par les mafieux. Au hasard des pages de « Désir d’Italie », on croise l’écrivain, peintre et compositeur Alberto Savinio, Le Caravage, d’autres écrivains comme Umberto Eco, Alberto Moravia, Leonardo Sciascia ou encore Elsa Morante, des cinéastes parmi lesquels Francesco Rosi et même Gianni Agnelli, le « condottiere » de la Fiat… Baroque et initiatique.

« Désir d’Italie » de Jean-Noël Schifano. Folio / Gallimard. Parution : 17 janvier 2019. Prix : 10,50 €.

madoneMadone de Bertrand Visage
Pour décor, l’Italie du sud (sûrement la Sicile, même si elle n’est pas nommée). Comme souvent dans les romans de Bertrand Visage, comme dans « Madone » paru en 2017. Résumé, ça donnerait : sous la lumière italienne, une mère sans lait, un marin en désir d’enfant pour une fable épurée. Développé, ça donne : une jeune fille aux longs cheveux noirs et surnommée Madone par une vieille couturière du quartier tient dans ses bras un nourrisson qu’elle allaite. Un jour, c’est le drame : la source du lait est tarie, ce qui fait le désespoir de la belle aux cheveux longs. A l’autre bout de la ville, un colosse blond, capitaine d’un cargo échoué dans le port- la honte l’a envahi, causée par une auréole humide sur sa chemise. Madone et le colosse vont se croiser sans se voir, vont se retrouver. L’écriture de Bertrand Visage est toute emplie de sensualité et de vie. C’est délicatement mystérieux, émouvant… et même cruel.

« Madone » de Bertrand Visage. Points / Seuil. Parution : 17 janvier 2019. Prix : 6 €.

La confusion des sentiments de Stefan Zweig
Pour Sigmund Freud, ça ne faisait aucun doute : on avait là un chef-d’œuvre. Un texte bref et dense, paru en 1927, signé Stefan Zweig (1881-1942) et joliment titré « La confusion des sentiments » (sous-titre : « Notes intimes du professeur R. von D. »). Depuis sa première publication, le livre a été de nombreuses fois réédité- il reparait, en poche, dans une nouvelle (et excellente) traduction de Tatjana Marwinski. Le professeur R. von D. a 60 ans et se souvient. Essentiellement de cette rencontre avec celui qui allait devenir, pour lui qui n’avait alors que 19 ans, un maître. Chez le jeune homme, il y a pour ce mentor confusion des sentiments- de la fascination, de l’admiration, du désir, de l’amour… Pour la traductrice Tatjana Marwinski, dans ce livre « Stefan Zweig cherche à cerner ce qui n’a pas encore été exprimé… C’est ce qui fonde et permet l’originalité de son style ». Et fait de « La confusion des sentiments » un texte essentiel de la littérature mondiale.

« La confusion des sentiments » de Stefan Zweig. Pavillons Poche / Robert Laffont. Parution : 24 janvier 2019. Prix : 5 €.