Dans les poches : Asli Erdoğan, Virginie Ollagnier et Nathalie Sarraute

Écrit par Serge Bressan Catégorie : Dans les poches Mis à jour : vendredi 23 novembre 2018 13:20 Affichages : 758

ErdoganPar Serge Bressan -Lagrandeparade.fr /

La Ville dont la cape est rouge  d’Asli Erdoğan
Elle est une des écrivains turcs les plus réputés, avec le prix Nobel Orhan Pamuk. Romancière, nouvelliste et journaliste, Asli Erdoğan a été arrêtée et emprisonnée en 2016 parce qu’elle soutient la cause kurde. Aujourd’hui, elle vit entre la France, l’Allemagne et l’Italie. On la retrouve avec un bonheur immense pour « La Ville dont la cape est rouge », paru en 2003. Direction, Rio. Là, une jeune étudiante venue d’Istanbul, Ozgür, pense trouver un logement chez un universitaire. Le taxi l’y conduit, mais on ne l’attend pas. Ozgür, soudain, est seule dans une ville inconnue. Une ville qui déborde, qui vibre de sensualité mais aussi de terreurs, de violence, de pauvreté. N’empêche ! la jeune étudiante décide de rester là. Elle ignore que c’est, pour elle, le début de l’initiation. L’initiation par la chute dans cette ville dont la cape est rouge… Une fois encore, Asli Erdoğan nous offre un éblouissant hymne à la fragilité humaine.

La Ville dont la cape est rouge d’Asli Erdoğan. Babel / Actes Sud. Parution : 3 octobre 2018. Prix : 6,90 €.

OllagnierToutes ces vies qu’on abandonne de Virginie Ollagnier
Ce fut son premier roman. « Toutes ces vies qu’on abandonne » valut pas moins de onze prix en 2007 à son auteure, Virginie Ollagnier. L’éditeur nous promet, sur le bandeau carmin, « 1918, l’émancipation d’une femme ». A Annecy, un mois après la signature de l’Armistice qui mettait un terme à la Première Guerre mondiale, les trains amènent encore et encore des (jeunes) hommes à jamais meurtris, défigurés, amputés… Parmi eux, il en est un dont on ne connaît pas l’identité. Il est là, semblant ne pas vouloir se réveiller. Le professeur Tournier demande à Claire, la jeune novice qui travaille dans son service depuis quatre ans, de ramener à la vie ce corps muet, emmuré dans ses souvenirs. Il y a les blessures de guerre, ce sont les débuts de la psychanalyse et aussi les premiers temps de l’émancipation féminine… Claire parviendra-t-elle à ramener le soldat d’hier à la vie d’aujourd’hui ? Les mots de Virginie Ollagnier sont tous emplis de pudeur et d’humanité.

Toutes ces vies qu’on abandonne  de Virginie Ollagnier. Piccolo / Liana Levi. Parution : 4 octobre 2018. Prix : 10,50 €.

martereauMartereau de Nathalie Sarraute (1953)
A la publication de « Martereau » en 1953, voulant faire le malin, un écrivain- philosophe français évoquait un « anti-roman ». L’auteure Nathalie Sarraute (1900- 1999), elle, envisageait dans son travail d’écriture évoquer l’état du « juste avant », cet état qui détermine notre relation au monde. Pour ce faire, elle prend pour personnage principal un jeune garçon maladif en pension chez son oncle et tante. Il est doté d'une hypersensibilité (certains la définiront de pathologique) entraînant toutes sortes de névroses. On lit : « Ce n’est pas par hasard que j’ai rencontré Martereau. Je ne crois pas aux rencontres fortuites… Nous avons tort de penser que nous allons buter dans les gens au petit bonheur ». Livre à la structure souterraine, « Martereau » brille par une « sous-conversation » qui règle et nourrit les relations humaines. Un texte indispensable dans lequel Nathalie Sarraute confirmait sa suspicion envers les personnages littéraires…

Martereau  de Nathalie Sarraute. L’Imaginaire / Gallimard. Parution : 18 octobre 2018. Prix : 9,20 €.