Le plus et le moins : les paraboles d’Erri De Luca

Écrit par Félix Brun Catégorie : (Auto)biographie Mis à jour : mercredi 24 août 2016 11:14 Affichages : 1997

Erri de LucaPar Félix Brun - Lagrandeparade.fr/ Le Napolitain n’est pas homme à se laisser glisser dans la nostalgie ou le regret ; la plume est rugueuse, sans concessions pour trente-sept chapitres de convictions intimes et de « confessions » libres. Des souvenirs et des expériences qui l’ont marqué durement comme ces pitons qu’il enfonce lourdement dans les parois alpines. Erri De Luca nous invite dans une autobiographie insolite, sensuelle, jouissive, délicate et rudement épicurienne. Il est passionné de la montagne, de la mer, de l’île d’Ischia, mais également de Bob Dylan: "Il a été le videur d’une jeunesse".

Il crie sa fraternité, son amitié, sa révolte, « l’incompétence des pouvoirs constitués. Ils avaient besoin d’espaces étroits, le champ ouvert les déconcertait. » Il analyse avec justesse et sévérité la civilisation : « Le vingtième siècle a été le siècle des révolutions. Des masses humaines ont renversé ainsi les tyrannies et les empires coloniaux. Les révolutionnaires sont devenus des présidents ou des bandits, sans nuances de destins intermédiaires. » Il nous conduit dans les recoins de Naples où "l’odeur informait la cour sombre, où le soleil ne mettait pas les pieds et où la lessive séchait par lassitude." Erri De Luca clame sa liberté, la Liberté, celle qui permet de modifier et de choisir son prénom, et celle de ceux qui "s’étaient mis sur un bon chemin, de ceux qui d’habitude sont déserts." Il rend hommage comme une révérence à son père qui a toujours vécu entouré de livres,- donnant à son fils l’amour de la lecture-, et à sa mère dont il déclare, « je n’ai jamais entendu quelqu’un parler d’un au-delà pourvu d’une bibliothèque ». Malgré la résistance d’Erri De Luca à sombrer dans l’affliction, il laisse ouverte la porte de la mélancolie lorsqu’il évoque ces « paroisses désacralisées, contre les solitudes » qu’étaient les bistrots où "entre les anciens et nous se formait le meilleur des parlements. Le patron n’était pas le président, mais il donnait volontairement tort et raison, vin, saucisson et olives pour quelques lires."
De Luca jongle avec les mots, les images, les métaphores, pratique l’échographie de nos sociétés comme un virtuose, sans narcissisme, en toute simplicité, lui qui se définit avec ses camarades de lutte, comme "des contrebandiers de paix. Là où la guerre est loi, les actes de paix sont clandestins, des actes de bandits."…..paraboles magiques d’Erri De Luca.

Le plus et le moins
Auteur : Erri De Luca
Edition : Gallimard

Parution : 2 mai 2016/ Prix : 14,50€