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« Mélancolique Rodéo » de Jean-Michel Jarre : la bande-son d’une vie

Écrit par Serge Bressan Catégorie : (Auto)biographie Mis à jour : jeudi 24 octobre 2019 11:18 Affichages : 473

jarrePar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Il y eut de l’oxygène. Puis une équinoxe. On se glissa, un peu plus tard, dans des chants magnétiques, on y avait rendez-vous. A nous comme à des millions d’autres réunis place de la Concorde à Paris, à Houston, à Moscou, à Pékin ou même au pied des pyramides d’Egypte, on nous avait parlé de « Zoolook ». C’était tout pour la musique avec, pour maître et directeur, Jean-Michel Jarre. Ces dernières années, on l’a surnommé, catalogué « père de l’électro »- c’est un raccourci vraiment trop rapide, il ne manque pas de corriger qu’il n’a pas été le premier à utiliser des machines pour « faire de la musique », comme on disait dans les années 1970. Et de rappeler les travaux de, entre autres, Pierre Schaeffer et son GRM (Groupe de Recherches Musicales)…

Homme de sons, Jean-Michel Jarre est aussi un homme de mots. Jeune homme, il a écrit quelques textes de chansons (pour Christophe, Patrick Juvet, Françoise Hardy,…) devenus des classiques, tout en mots bleus dans des paradis perdus où sont les femmes. Et à 71 ans, il se glisse en librairies avec ses Mémoires, un livre bien épais (près de 400 pages) joliment titré « Mélancolique Rodéo ». « Un oxymore parfait », dit-il évoquant le titre de l’ouvrage. Evidemment, à réception, on a pu se dire : encore un bouquin d’une vedette du show-biz, un livre vite fait mais pas nécessairement bien fait- c’est si fréquent dans le genre ! « J’ai toujours pensé que mon premier livre, s’il y en avait un, serait un roman, même si j’étais conscient qu’un premier roman, de toute façon, est le reflet déguisé de son existence. Et puis je me suis laissé convaincre pour une autobiographie », confie-t-il.
Donc, quand il envisagea de se lancer dans le format long du livre, il n’envisageait rien d’autre qu’un roman. Un premier roman, tout habité de ses moments de vie personnelle, professionnelle, artistique… Mais vite, il constate que tout ça, ça ne fonctionne pas pour un roman. Ce sera alors une (auto)biographie. Et il aurait été facile, avec l’aide d’un porte-plume, de dérouler une vie. Sa vie d’enfant né à Lyon devenu star planétaire. Toutefois, pour Jean-Michel Jarre, l’artiste aux 80 millions d’albums vendus dans le monde en un peu plus de quarante ans, 1/ pas question de céder à la facilité narrative, 2/ obligation de trouver une formule inédite pour se raconter. C’est bien le moins qu’on attendait d’un créateur pionnier de la musique électro, d’une musique qui a influencé toute une génération où l’on croise, entre autres, Daft Punk et Air.
Alors, il a bricolé un « Mélancolique Rodéo », tout comme à ses débuts, il avait bidouillé avec ses machines son premier album, Oxygène, sorti en 1976- à l’époque, sa femme- l’actrice britannique Charlotte Rampling, lui avait dit : « Cet album sera soit un échec sans nom, soit un succès immense… » Et pour se raconter, lui le fils d’un père immense compositeur de musiques de film qui a filé aux Etats-Unis alors qu’il avait 5 ans et d’une mère grande Résistante pendant la Deuxième Guerre mondiale, lui le petit-fils de l’inventeur du Teppaz, le premier tourne-disques portable, il a donc choisi de se référer, pour chaque chapitre de ce rodéo délicatement mélancolique et constamment bousculé par l’inattendu, à un objet. Par exemple, le magnétophone que lui a offert son grand-père qui lui a transmis le virus de chasseur de sons… ou encore un sac en croco, un verre d’eau, une machine à tricoter, un Polaroïd, une boîte d’After Eight, des Reebok blanches, une pince à linge, un chronomètre, un violon-trompette, un sifflet-boussole, le disque d’Oum Kalsoum et même un panneau solaire et le calendrier Pirelli ! En début d’ouvrage, Jean-Michel Jarre raconte le making of de l’entreprise : « J’avais en moi peu à peu chaque chapitre, leur titre, chaque compte-rendu de nos conversations. Ne rien oublier, établir par exemple une playlist pour ce livre, une bande-son comme pour un film, la bande-son forcément hétéroclite d’une vie. Et aussi, comme pour un disque, trouver d’abord le début et la fin, c’est important les débuts et les fins, ça peut tout gâcher… on verra bien ».
Au fil des pages, c’est la bande-son d’une vie. De la vie de Jean-Michel Jarre. Il a été adulé, jalousé, critiqué, moqué- il a avancé, croisé Arthur C. Clarke, Stephen Hawking, Edward Snowden, le pape Jean-Paul II, Mick Jagger, Federico Fellini, Chet Baker, Lady Di… ou encore Salvador Dali qui lui avait demandé de composer la B.O. de son enterrement. Il raconte aussi les femmes de sa vie- sa mère grande Résistante et modèle de vie, et Charlotte Rampling (« elle reste le pivot de mon existence », assure-t-il). Un mélancolique rodéo, c’est des mots bleus, des paradis perdus… la dolce vita, aussi. En prenant rendez-vous pour la prochaine équinoxe, en espérant le maximum d’oxygène !

Mélancolique Rodéo
Auteur : Jean-Michel Jarre
Editions : Robert Laffont
Parution : 3 octobre 2019
Prix : 21 €

La première femme que j’ai voulu aider, protéger, sauver, fut ma mère. C’est pourquoi je tenais tant à lui offrir ce petit sac en croco, celui qu’à travers la vitrine du magasin La Bagagerie, rue de Rennes, elle regardait avec les yeux de la coquetterie, qui lui allaient si bien, elle toujours élégante, apprêtée, une marque de courtoisie en quelque sorte, pour elle-même plus encore que pour les autres. J’ai donc commencé à économiser mon argent de poche, ma seule source de revenus à l’époque .