Fugues d’Arthur H : tout en lenteur et douceur…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : (Auto)biographie Mis à jour : vendredi 5 avril 2019 07:57 Affichages : 576

Arthur HPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Longtemps, il a été présenté comme « l’éternel hurluberlu de la chanson française ». Il s’était pointé dans les premières années 1990 avec un premier album impeccable, « Bachibouzouk », tout en cool jazz. On ne manquait pas, en manque de repères, de rappeler (un peu lourdement même chez certains) qu’il est « fils de… » : en effet, Arthur H est le fils de Jacques Higelin (1940- 2018), auteur, compositeur, interprète et comédien. En ce début avril par un concert à l’Olympia de Paris, il a bouclé une belle tournée de plus de cent dates en chansons dans la foulée de l’album « Amour chien fou »- et dès le lendemain, est paru en librairies « Fugues », son troisième livre après « Le cauchemar merveilleux » (2015), rien moins qu’une « exubérante plongée dans la réalité folle d’un monde cacophonique » et « La musique des mots. L’intégrale des chansons » (2018). 

Homme du monde et adepte du « baba love », à 53 ans, Arthur H aime toujours autant le voyage. Mobile, immobile. Et pratique depuis bien longtemps l’art de la fugue. Cette fugue qui lui sert, en trois plans, à rédiger son autoportrait. Trois fugues pour une vie en paroles et musique, en notes et mots. Il y a d’abord, en prologue, son amour immense pour les fugues de Jean-Sébastien Bach- la découverte de la route à 15 ans. Ensuite, une fugue à la gloire de la mère. Elle s’appelle Nicole Courtois, est née en 1940 dans une famille ouvrière de la banlieue parisienne. Jeune fille aussi vive que rêveuse, avec cinq amis, elle décide à 18 ans de prendre le large- construire un bateau de fortune, filer jusqu’à Tahiti mais l’équipage échouera en Corse. De nombreuses années plus tard, on la croisera attachée de presse…
Troisième fugue. Celle d’Arthur H. Il a 15 ans, « et un mois plus tôt, j’avais fugué. Ça avait été beaucoup plus simple que je ne le croyais. On était à l’aéroport de Pointe-à-Pitre, pour rentrer à Paris, et j’avais fermement pris ma décision. Deux jours avant, il s’était passé une chose prodigieuse. Et après cette chose je ne pouvais plus revenir en arrière ». On devine le grand flash durant ce séjour en Guadeloupe avec son demi-frère Ken, leur père Jacques et l’humoriste Coluche propriétaire sur l’île antillaise d’une grande maison. Le choc. Etincelant, étourdissant : l’ado et le père mangent une omelette- en soi, rien d’exceptionnel… sauf que ladite omelette était fourrée aux champignons hallucinogènes. « La fumée dans les yeux / Un éléphant me regarde / J’ai la tête qui bat », chantait-on dans les années 1960… et une nuée d’éléphants roses apparaissait… Oui, pour Arthur H, pas possible de revenir en arrière ! Mieux : il invente la fugue en ne partant pas- ce qu’il avait déjà évoqué dans un joli texte paru dans la revue « Intranqu’îllités », mais cette fois, il met cette fugue immobile en parallèle avec celle de sa mère. De mère en fils, à nul autre pareil, Arthur H pratique l’art de la fugue (musicale, maternelle et personnelle). Tout en lenteur, tout en douceur, aérien en compagnie d’une boxeuse amoureuse…

Fugues
Auteur : Arthur H
Editions : Mercure de France
Parution : 4 avril 2019
Prix : 19 €