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Janet : Michèle Fitoussi et la femme remarquable

Écrit par Julie Cadilhac Catégorie : (Auto)biographie Mis à jour : samedi 29 septembre 2018 22:47 Affichages : 192

fiyoddiPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Avoir des rêves. Les poursuivre, inexorablement. Les accomplir, encore et encore. Faire de sa vie tout autre chose qu’un long fleuve tranquille. Etre ambitieux et tout mettre en place pour aller au bout de son ambition, mais ne jamais piétiner, écraser les autres… Portrait esquissé de Janet Flanner, journaliste américaine (1892- 1978), qui retrouve chair et corps dans « Janet », le nouveau livre de Michèle Fitoussi. Ancienne journaliste et éditorialiste à « Elle » la romancière française (entre autres, « Cinquante centimètres de tissu propre et sec »- 1990, « Des gens qui s’aiment »- 1998, « Victor »- 2007 ou encore « La Nuit de Bombay »- 2014) confie avoir « rencontré » Janet Flanner alors qu’elle travaillait sur un texte consacré à Helena Rubinstein. Parmi la documentation qu’elle amasse, elle tombe sur un portrait de la « grande dame de la beauté » écrit par une certaine Janet Flanner. Un portrait rédigé d’une plume élégante pour le très respectable magazine « The New Yorker ». Très vite, Michèle Fitoussi découvre une femme qui, au cœur du 20ème siècle, a failli être (très mauvaise) comédienne pour faire plaisir à sa mère et est devenue une formidable journaliste littéraire. Cinq ans après cette « rencontre », voilà donc « Janet » en librairies. L’héroïne est née le 13 mars 1892 à Indianapolis (Indiana, Etats-Unis) dans une famille quaker. La mère, femme au foyer qui aurait voulu être une artiste, se projette sur ses trois filles, les incite à se lancer dans le théâtre et la musique. Janet se rêve auteure- elle veut écrire et pour y parvenir, elle quitte la campagne familiale et épouse un copain d’études qui l’emmène à New York. Mariage de convenance, elle se dit que l’amour viendra peut-être avec le temps mais elle sait aussi que seules les femmes l’attirent. Dans l’immédiate après-Première Guerre mondiale, elle quitte son mari et file avec son amante Solita Solano (avec laquelle elle vivra pendant cinquante ans une relation loin d’être monogame) à Paris où elle a été nommée correspondante pour « The New Yorker ». Là, elle va retrouver des Américains expatriés comme Ernest Hemingway ou encore Gertrude Stein, et aussi Pablo Picasso, André Breton, Serge de Diaghilev… Paris est alors une fête, elle tente d’y écrire son roman (qui paraitra quelques années plus tard sous le titre « The Cubical City ») mais elle va devenir l’indéboulonnable correspondante du « New Yorker » dans la capitale française. A la première lecture, ses articles sur la vie culturelle et intellectuelle peuvent sembler légers et futiles- ce n’est qu’une impression, juste une sensation. Parce que, femme remarquable, Janet Flanner a inventé le journalisme littéraire, bien avant Truman Capote et le pape du nouveau journalisme, Tom Wolfe. Et toujours dans ce « New Yorker » pour lequel elle a travaillé de 1925 à 1975, elle brillera également pour des portraits (Hitler, Pétain, De Gaulle, Malraux,...) et des enquêtes au long cours sur la crise du canal de Suez, l’insurrection de Budapest ou encore la guerre d’Algérie… Trois ans après son retour en Amérique, elle mourra. De cause inconnue, dira la presse américaine.

Janet
Auteur : Michèle Fitoussi
Editions : JC Lattès
Parution : 5 septembre 2018
Prix : 20 €