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La dernière photo : Franck Courtès, déclics, des claques…

Écrit par Serge Bressan Catégorie : (Auto)biographie Mis à jour : dimanche 1 juillet 2018 11:58 Affichages : 547

nouvelles courtesPar Serge Bressan - Lagrandeparade.fr / Photographe de renom pendant vingt-six ans, le Français Franck Courtès a quitté son métier pour l’écriture. Par dégoût. Il (se) raconte dans « La dernière photo »… et c’est un beau livre de l’intime. Avec précision, il sait dater le véritable début de sa nouvelle vie. A l’enterrement d’un confrère en 2016, il a tout compris. Oui, photographe de renom mais retiré volontairement du circuit, Franck Courtès a su définitivement ce jour-là que sa décision prise en 2011 était irrévocable. C’est le sujet de son quatrième et nouveau livre, « La dernière photo ». Né à Paris voilà 54 ans, il vit en campagne dans la Marne- longtemps, avec d’autres comme Patrick Swirc ou Pascal Dolémieux, il a été un photographe que la presse française s’arrachait. Ses collaborations : « Les Inrockuptibles », « Technikart », d’autres encore et surtout « Libération ». 

Après un premier recueil de nouvelles (« Autorisation de pratiquer la course à pied et autres échappées », 2013) puis deux autres textes très réussis (« Toute ressemblance avec le père », 2014, et « Sur une majeure partie de la France », 2016), Franck Courtès précise dans ce nouveau texte : « La photographie était ma raison d’être. J’étais photographe. J’ai été extrêmement photographe, passionnément photographe, hanté par la photographie. Mon amour immodéré s’est mué en une haie qui n’a d’égale que celle d’un amant trahi ». Et pour ceindre l’exemplaire de La dernière photo, l’éditeur a posé un bandeau sur lequel on lit : « Je visais le futur, je me souviens »… Pendant vingt-six ans, Courtès a photographié. Surtout des personnalités. C’est ce qu’on lui demandait, c’est ce pour quoi on le payait (pas toujours dans des délais, et encore quand il était payé…). Il y eut quelques belles rencontres- parmi lesquelles les écrivains Frédéric Dard et Patrick Modiano ou encore les chanteurs Arthur H. et Jean-Louis Murat.
Mais voilà, les temps changent. Courtès est un photographe argentique alors que, depuis un bon moment, tout le monde et n’importe qui peut être photographe numérique- il suffit d’un bon téléphone portable. Lui qui a aussi photographié Iggy Pop, le philosophe Jacques Derrida ou encore un Premier Ministre français- Pierre Bérégovoy, il a été le témoin puis la victime de ces temps qui changent. Une ministre qui refuse de se mettre près d’une fenêtre pour que la lumière soit meilleure, un réalisateur ciné qui le fait poireauter deux heures, un rappeur qui se comporte avec lui de la pire des manières… Honnête homme, Courtès a parfois quitté le rendez-vous avant même de faire la moindre photo, le sujet se comportant en grossier personnage- il ne faut pas voir là des caprices d’une diva qu’aurait pu être le photographe, bien au contraire il était follement respectueux de ses sujets. Mais oui, les temps ont changé- on n’est pas seulement passé de l’argentique au numérique, il y a le service communication qui impose un type de photo, il y a aussi les quelques minutes accordées pour fixer le cliché ou encore les accords entre les différentes parties et que le photographe ignore…
Alors, pour Franck Courtès, ce fut de l’amour à la haine. Le ressenti d’un immense dégoût non pas pour la photo mais pour tout ce qui lui permettait d’exercer la photo. Un jour, ce fut « La dernière photo ». Dans sa maison en campagne marnaise, il a entreposé ses photos sur la mezzanine- un temps, il y avait une échelle pour y accéder. Quand il a rangé l’appareil photo, il a aussi enlevé l’échelle qui mène à la mezzanine. Il jouait des clics, il a pris ses claques… et a écrit un beau livre intime de la renaissance.

La dernière photo
Auteur : Franck Courtès
Editions : JC Lattès
Parution : 11 avril 2018
Prix : 19 €