Pauline

« Mon frère », le dernier roman sensible et tendre de Daniel Pennac.

Écrit par Félix Brun Catégorie : (Auto)biographie Mis à jour : dimanche 27 mai 2018 19:23 Affichages : 203

mon frèrePar Félix Brun - Lagrandeparade.fr/ « Je ne sais rien de mon frère mort si ce n’est que je l’ai aimé. Il me manque comme personne mais je ne sais pas qui j’ai perdu. J’ai perdu le bonheur de sa compagnie, la gratuité de son affection, la sérénité de ses jugements, la complicité de son humour, la paix. J’ai perdu ce qui restait de douceur au monde. Mais qui ai-je perdu ? » Ces mots, ces phrases, ces cris sourds, sont ceux du petit frère qui a perdu Bernard son aîné de cinq ans, le fils « préféré » d’une fratrie de quatre garçons ; un homme simple, réservé et retenu qui a appris à son benjamin à parler, à lire, et bien sûr à écrire. "En soixante années, nous ne nous sommes jamais disputés. Avec lui, tout ce qui aurait pu créer un conflit créait de la connivence." (Extrait d’un entretien avec Daniel Pennac pour Gallimard). Quelques temps après la disparition de Bernard, Daniel Pennac adapte au théâtre la nouvelle d’Herman Melville, « Bartleby le scribe ». C’est l’histoire d’un notaire déstabilisé et excédé à l’extrême par un de ses employés aux écritures qui refuse tout travail et toute réactivité avec toujours la même réponse, "je préfèrerais pas". « Mon frère » alterne entre le souvenir de Bernard et la pièce de Melville. Le choix de Daniel Pennac pour cette alternance, "C’était plutôt comme si je jouais avec lui comme s’il était dans la salle. Parce qu’il était timide, il était très fier que je fasse du théâtre, que je m’expose sur scène. Bernard avait vraiment in côté Bartleby ce côté I would prefer not to, « je préfèrerais pas ». S’il était une personnage littéraire, il serait à classer de côté des non-désirants. En fait il était absolument inapte à la consommation futile. Y compris le carriérisme, les mondanités…Rien de tout ça ne l’intéressait. "(Extrait d’un entretien Daniel Pennac pour Gallimard)

Un livre d’amour, tendre, plein d’émotion, un récit court, discret, délicat sur l’absence d’un frère, contrebalancé par l’humour et l’absurde des textes de Melville. "Là où Bartleby incarne une fin de non-recevoir globale, absolue, Bernard incarnait une fin de non-recevoir de la connerie !"(Extrait d’un entretien de Daniel Pennac pour Gallimard). Daniel Pennac de sa belle écriture invite le lecteur à partager et à comprendre à travers le portrait de ce frère qui lui manque tellement, leur connivence et la présence qui demeurent encore entre eux. Un très grand et prenant moment de lecture.

Mon frère
Auteur : Daniel Pennac
Editions : Gallimard
Parution : 5 avril 2018
Prix : 15€