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Humanité divisée : pour l’humour corrosif de Scalzi et une nouvelle plongée au cœur de l’univers du « Vieil homme et le guerre » – en attendant la suite !

  • Écrit par : Sylvie Gagnère

scalziPar Sylvie Gagnère - Lagrandeparade.com/Humanité divisée est un épisode de la série Le vieil homme et la guerre qui a propulsé John Scalzi parmi les grands noms de la science-fiction, avec une nomination au prix Hugo et le prix Campbell du meilleur nouvel auteur.

 

Dans ce monde futur, les humains possèdent des colonies sur de nombreuses planètes. Pour assurer leur sécurité et les défendre contre des races extraterrestres (on compte plus de 400 espèces conscientes), des forces de défense coloniales ont été créées (les FDC). Elles recrutent sur la Terre, uniquement des personnes qui ont atteint l’âge de 75 ans. John Perry est veuf, il n’a d’autre avenir que celui de vieillir et de mourir. Et, se dit-il, si les FDC enrôlent des gens âgés, c’est qu’ils ont le moyen de les rajeunir ! Le voyage est sans retour possible, mais plus rien ne le retient vraiment sur Terre.

Le premier volume de la série (Le vieil homme et la guerre) s’attache à l’histoire du troufion John Perry, sur fond de colonisation de l’espace, de guerre entre races extraterrestres et humanité, avec des enjeux politiques, économiques et diplomatiques très forts. Dans le second (Brigades fantômes), on suit un membre des forces spéciales, né dans un incubateur à l’âge adulte, destiné à accomplir des missions inaccessibles aux mortels (même augmentés comme les soldats des FDC). La conscience d’un chercheur humain lui a été implantée, afin de découvrir comment et pourquoi ce dernier a trahi les siens. Le troisième (La dernière colonie) permet de rejoindre John Perry, retraité et installé avec sa femme, Jane Sagan, et leur fille adoptive, Zoé, comme colon sur une planète retirée. Toutefois, l’Union Coloniale les rappelle, pour mener à bien l’installation d’une nouvelle colonie. Évidemment, ils se retrouvent au centre d’une bataille politique et diplomatique entre l’UC et le Conclave, une alliance de plusieurs centaines d’espèces extraterrestres.
Ces trois romans constituent la trilogie originelle du vieil homme et la guerre. Le quatrième, Zoé, reprend la même histoire que le précédent, racontée cette fois-ci par la voix de Zoé, l’adolescente adoptée par Perry (et fille du traître au cœur du second tome). S’il n’y a aucune surprise quant aux évènements proprement dits, le point de vue de la jeune fille les éclaire d’un jour nouveau.

Humanité divisée se présente comme quinze « épisodes » distincts, qui peuvent se lire aussi bien comme des nouvelles indépendantes qu’en tant que roman, une fois assemblées.

La Terre a compris que l’Union Coloniale s’était servie d’elle pour recruter des colons et les soldats des FDC pendant des décennies, tout en la maintenant à l’écart, et refuse désormais de leur en fournir. Pour autant, les terriens manquent cruellement de technologie et sont approchés par le Conclave. L’UC de son côté n’a plus les moyens de ses ambitions et la diplomatie acquiert une place fondamentale.

Les différentes histoires s’articulent autour du vaisseau Clarke, de sa capitaine Coloma, de l’ambassadrice Abumwe et du soldat Harry Wilson (dont nous avions fait la connaissance dans le premier volume, puisqu’il s’était engagé en même temps que Perry et était devenu son ami).
Toutes se structurent autour d’une question centrale : qui est l’ennemi ? Qui cherche à provoquer une guerre entre les humains et le Conclave ? Il faudra attendre le tome 6 pour le savoir !

On retrouve la verve et l’humour de Scalzi dans ces nouvelles courtes, qui mettent en valeur Wilson, sarcastique à souhait. Tous les protagonistes sont fouillés, de Schmidt (l’adjoint de Wilson), ami fidèle et faire-valoir consentant, à Coloma ou Abumwe, femmes brillantes, très compétentes, et pleines d’esprit. La présence de personnages féminins forts et importants est un des atouts de la série de Scalzi, conjugué à une histoire bien plus profonde qu’il n’y paraît. Sous couvert d’humour et de roman « traditionnel » militaire, l’auteur parle de politique, de démocratie, de la difficulté de se rencontrer, de se comprendre, de vivre ensemble. Des nécessaires compromis auxquels consentent les peuples, mais aussi de fidélité, d’amitié, d’attachement. L’ensemble est servi par la verve souvent truculente de Scalzi (Le roi-chien est à cet égard un modèle du genre !) et son imagination débridée (et parfois délirante!).

Toutes ces nouvelles offrent des pistes sur ce qu’il adviendra de l’UC, de la Terre, du Conclave… après la remise à plat provoquée par John Perry lorsqu’il a divulgué la vérité.

Scalzi possède un sens du rythme et de la narration formidable, soutenu par des personnages toujours très fouillés – y compris les extraterrestres, qu’il dote d’une culture, d’une façon de réagir spécifique, d’une identité construite). Et le tout porte des enjeux politiques, sociétaux, humains, qui se révèlent d’une belle acuité.

Ce tome apparaît comme une transition entre l’avant-révélation de Perry, et l’après, alors qu’un ennemi inconnu se manifeste; il oscille entre péripéties trépidantes, moments d’émotion et humour parfois très potache, pour notre plus grand plaisir !


Le vieil homme et la guerre – tome 5, Humanité divisée
Auteur : John Scalzi
Éditions : Bragelonne
Collection : Science-fiction poche
Parution : 14 août 2019
Prix : 6,90 €

 

 


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